Bibliothèque Manabi, 13 fiches-notions
Kit ateliers OUTIL 7 · MODULE 8

Bibliothèque Manabi

13 fiches-notions pour concevoir vos ateliers collectifs en orthopédagogie

Module 8 : Concevoir et animer une action collective en orthopédagogie
Bloc 2 du RNCP Orthopédagogue · Activité 5 · Manabi Formations

À propos de cette bibliothèque

Cette bibliothèque rassemble 13 notions-clés de l'orthopédagogie, traitées en format opérationnel pour l'animation d'ateliers collectifs. Elle est alignée sur les 13 mécaniques du Convergeur d'objectif (Outil 3) : chaque mécanique que vous pouvez choisir dans le convergeur ou dans le canevas a ici sa fiche-ressource détaillée.

Chaque fiche suit une structure en 10 sections, avec déclinaisons pour les 4 publics-types travaillés en formation : enfants de maternelle (A), collégiens (B), adultes en reconversion (C), seniors (D).

Les contenus proposés sont des illustrations et des exemples destinés à inspirer votre conception : ils ne constituent ni un modèle unique, ni une prescription. À vous de les adapter, les transformer, les enrichir selon votre contexte et votre public.

Chaque fiche s'appuie explicitement sur l'ouvrage de référence : Noémie Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck Supérieur, 2026. Les citations directes sont encadrées ; les transpositions opérationnelles sont de la responsabilité de Manabi.

BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 1/12

Attention

Repérer et maintenir l'orientation de nos ressources cognitives

« Là où va mon attention, va mon énergie. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 18-19

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

L'attention est la capacité à orienter et maintenir nos ressources cognitives sur une information, une tâche ou un environnement pertinent. Elle permet de filtrer parmi une multitude de stimuli internes (pensées, émotions, sensations) et externes (bruits, mouvements, consignes) pour sélectionner ce qui est utile à un instant donné.

L'attention n'est pas une compétence unique : elle se compose de plusieurs processus complémentaires, l'attention soutenue (maintenir l'effort dans le temps), l'attention sélective (choisir parmi plusieurs stimuli), l'attention partagée (gérer plusieurs sources en même temps) et l'alerte attentionnelle (réagir à un signal nouveau).

« L'attention est limitée, fatigable et fluctuante. Elle dépend de la motivation, du sens donné à l'activité, de l'énergie disponible et de l'environnement. Elle n'est ni un trait stable, ni une question de volonté seule. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 18-19

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas un trait fixe, elle varie selon le contexte, le moment, la tâche
  • Ce n'est pas une question de volonté, « fais attention » ne fonctionne pas comme une injonction
  • Ce n'est pas la concentration, l'attention ouvre (cherche la cible), la concentration ferme (tient la cible)
  • Ce n'est pas infinie, elle se fatigue, elle a besoin de récupération
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, travailler l'attention consiste à l'observer sans juger, à identifier les conditions dans lesquelles elle se déploie, et à outiller l'apprenant pour qu'il la reconnaisse, la régule et la protège.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Saute d'une tâche à une autre sans finir
  • A besoin qu'on répète plusieurs fois les consignes
  • Passe à côté d'informations pourtant présentes
  • Se fatigue très vite sur certaines activités
  • Décroche dans les environnements bruyants ou visuellement chargés
  • A des moments d'hyperfocalisation suivis d'effondrement
  • Confond « je n'ai pas compris » et « je n'ai pas écouté »

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Se lève pendant la consigne. Joue avec un objet. Regarde ce que font les autres. Dit « non » sans avoir écouté. Réponds à côté du sujet.
B · Collège (11-15 ans)
Regarde son téléphone sous la table. Rêve fenêtre. Lit 3 fois la même phrase. « J'ai pas compris » alors qu'il n'a pas vraiment écouté. Se disperse.
C · Adultes en formation
Multi-tâche constant. Commence 5 choses. Se juge (« j'ai un problème d'attention »). Sous-performance malgré l'intelligence.
D · Seniors / résidents
Confusion sur ce qui a été dit. Distrait par le moindre bruit. Pique du nez après le repas. Doute de sa mémoire (alors que c'est l'attention qui a été en défaut).

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, La chasse aux distracteurs
Registre
Observation externe
Durée
12-15 minutes
Mécanique
L'animateur demande aux apprenants de réaliser une tâche simple (colorier, lire, écouter) pendant que lui-même crée des distracteurs (bruits, questions annexes, mouvements). Les apprenants NOTENT ce qui les a fait sortir de la tâche. On compare les inventaires.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui vous a fait le plus décrocher ? Est-ce que c'est pareil que ce qui vous distrait à la maison / au boulot ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Coloriage avec distracteurs sonores + visuels. L'enfant lève la main quand il a été distrait.
B · Collège (11-15 ans)
Lecture courte avec distracteurs. Inventaire post-exercice.
C · Adultes en formation
Tâche rédactionnelle avec distracteurs simulés. Analyse fine.
D · Seniors / résidents
Mots fléchés ou lecture avec distracteurs. Discussion.
Piste 2, Ma météo attentionnelle
Registre
Introspection
Durée
15 minutes
Mécanique
Chacun évalue son attention sur les différents moments de la dernière journée (soleil / nuages / orage). Quelles tâches l'ont mise en soleil ? Quelles autres en orage ? On dégage les facteurs personnels qui font varier l'attention.
Auto-observation
« « Votre attention n'est pas un trait, c'est une météo. Qu'est-ce qui crée votre beau temps ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Pictos météo sur la journée (lever, école, goûter, soir). 3 niveaux.
B · Collège (11-15 ans)
Courbe détaillée des 24h avec annotations.
C · Adultes en formation
Analyse fine : facteurs externes et internes qui font varier l'attention.
D · Seniors / résidents
Courbe de la journée avec identification des moments-soleil.
Piste 3, Les 4 types d'attention
Registre
Découverte conceptuelle
Durée
15-20 minutes
Mécanique
L'animateur fait vivre 4 mini-exercices correspondant aux 4 types d'attention (soutenue, sélective, partagée, alerte). Les apprenants évaluent leur performance sur chaque type. Révélateur : on n'est pas « bon en attention » ou « mauvais », on est bon sur certains types, faible sur d'autres.
Auto-observation
« « Sur quels types êtes-vous forts ? Faibles ? Comment ça joue dans votre vie ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
4 petits jeux simples (écouter longtemps / choisir parmi plusieurs / faire 2 trucs / réagir vite).
B · Collège (11-15 ans)
4 exercices adaptés au niveau collège. Débrief personnel.
C · Adultes en formation
Exercices adaptés au contexte pro. Auto-diagnostic fin.
D · Seniors / résidents
4 mini-exercices adaptés. Identification des forces et fragilités.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Le phare qui éclaire »
Image-pivot : Un phare qui peut éclairer là où tu veux, ou qui part dans tous les sens.
  1. Dans ta tête, ton attention est comme un phare.
  2. Tu peux diriger le phare sur le maître, sur ta feuille, sur un copain.
  3. Parfois le phare bouge tout seul et tu ne sais même pas où il est.
  4. Le phare est fatigable, il ne peut pas tout éclairer tout le temps.
  5. On va apprendre à diriger ton phare quand tu en as besoin.

B · Collège (11-15 ans)

« Le projecteur que je règle »
Image-pivot : Un projecteur dont je règle le faisceau, plus ou moins large.
  1. Ton attention est un projecteur que TU peux régler.
  2. Parfois tu as besoin d'un faisceau large (regarder tout le tableau).
  3. Parfois d'un faisceau étroit (ton texte, ta ligne).
  4. Le problème : personne ne t'a appris à régler le projecteur.
  5. On va t'enseigner les 4 réglages possibles.

C · Adultes en formation

« Les 4 modes »
Image-pivot : 4 modes d'attention différents, à activer selon la situation.
  1. L'attention n'est pas un bloc, c'est un système à 4 modes.
  2. Mode « soutenu » : tenir dans le temps.
  3. Mode « sélectif » : choisir dans le bruit.
  4. Mode « partagé » : gérer 2 choses en même temps.
  5. Mode « alerte » : réagir à un signal.

D · Seniors / résidents

« Là où va mon regard intérieur »
Image-pivot : Un regard intérieur qu'on peut apprendre à orienter consciemment.
  1. Votre attention, c'est où va votre regard intérieur.
  2. Avec l'âge, on peut sentir qu'elle fatigue plus vite, c'est normal.
  3. Ce n'est pas une défaillance, c'est un signal à écouter.
  4. On peut apprendre à l'orienter avec douceur, pas avec force.
  5. On va explorer ensemble vos moments de bonne attention et ce qui les rend possibles.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Où va ton phare quand tu fais tes devoirs ?
  • Qu'est-ce qui fait que ton phare se détourne ?
  • Quand ton phare marche bien, c'est comment ?

Supports : Dessin de phare, pictos, tour de parole.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Dans quelle situation ton attention est forte ? Faible ?
  • Quel mode (soutenu / sélectif / partagé / alerte) t'est le plus facile ? Le plus dur ?
  • Qu'est-ce qui draine ton attention (écrans, charge, stress) ?

Supports : Matrice 4 modes × performance, auto-diagnostic.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Identifiez votre mode d'attention le plus fort et le plus faible.
  • Quels contextes professionnels saturent votre attention ?
  • Quelles conditions vous permettent d'être à votre meilleur ?

Supports : Auto-évaluation fine par modes, cartographie des conditions.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • À quel moment de la journée votre attention est-elle la meilleure ?
  • Qu'est-ce qui la draine le plus ?
  • Qu'est-ce qui l'aide à se rassembler ?

Supports : Tour de parole, identification des rythmes personnels.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le carnet d'observation attentionnelle : sur une semaine, noter 3 moments par jour (matin / après-midi / soir) avec score d'attention (1-5) + contexte + ce qui a aidé ou drainé. Patterns à analyser en fin de semaine.

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
3 cartes phare : soleil (phare fort) / nuages (moyen) / orage (éparpillé). Pointer une carte à chaque transition.
B · Collège (11-15 ans)
Journal attentionnel : par journée, moments-clés + score sur 10 + facteurs identifiés. Revue hebdomadaire.
C · Adultes en formation
Tableau des 4 modes : pour chaque mode, identifier ses conditions optimales + ses contextes de faiblesse + ses stratégies de récupération.
D · Seniors / résidents
Petit carnet des moments-soleil : noter chaque jour LE moment où l'attention a été la meilleure. Identifier les conditions.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, remarque une fois où ton phare a bien marché. Raconte. »
S2→S3 : « Essaie de diriger ton phare sur UNE activité pendant 10 minutes. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Teste ton attention dans 3 contextes cette semaine. Note les scores. »
S2→S3 : « Identifie ton meilleur mode + ta condition-star. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Cartographiez vos 4 modes sur 5 jours. Identifiez 2 patterns. »
S2→S3 : « Protégez 1 créneau-star cette semaine. Qu'est-ce qui change ? »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Remarquez chaque jour 1 moment-soleil. Notez ce qui a aidé. »
S2→S3 : « Reproduisez volontairement ces conditions 1 fois. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Pas de jugement moral sur l'attention des uns et des autres
  • L'attention est observée, pas exigée
  • Les décrochages sont informatifs, pas fautifs
  • Droit de prendre une pause quand l'attention flanche
  • Pas de dispositif caché d'évaluation (ex. tests surprise)

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant décroche visiblementNe pas rappeler à l'ordre de manière frontale. Proposer un temps corporel pour tout le groupe.
Un participant se juge (« je suis nul en attention »)Ramener au concept : « L'attention n'est pas une identité. C'est une météo qu'on apprend à lire. »
Groupe en baisse d'attention collectiveSignal que le rythme ou la charge ne conviennent plus. Pause collective, changement de format.
Un participant sur-performant qui se juge « hyper-attentif »Ne pas sur-valoriser. Vérifier : est-ce sur tous les modes ? Parfois c'est un seul mode qui est fort.
Un participant qui interrompt régulièrement par dispersionAccueillir sans culpabiliser. Signal convenu en début d'atelier. Reprendre le cadre.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les observations (« j'ai vu que mon phare partait »)
  • Valoriser les demandes de pause
  • Valoriser les ajustements de conditions (lumière, silence, position)
  • Ne JAMAIS valoriser par comparaison (« regardez X qui reste concentré »)

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin d'environnement attentionnel préparé : bruits, lumière, encombrement visuel. L'environnement est co-auteur de l'attention.
  • Besoin de tâches bien calibrées : trop facile → décrochage. Trop difficile → décrochage. Le juste niveau soutient.
  • Besoin de pauses régulières : l'attention se fatigue. 20-25 min / pause est une base physiologique pour presque tous.
  • Besoin de permission de décrocher : le décrochage est une info, pas un défaut. La culpabilisation aggrave.
  • Besoin de multimodalité : changement de canal (oral / visuel / corporel) recrute l'attention quand elle fatigue.
  • Besoin de cibles claires : l'attention « en général » ne se soutient pas. L'attention « sur ça, pendant 10 min » si.
  • Besoin de reconnaissance des rythmes personnels : chacun a son profil attentionnel, matinal, du soir, cycles courts, cycles longs.

10Points de vigilance

  • L'attention n'est pas une volonté. « Fais attention » est une consigne inopérante. Il faut créer les conditions.
  • Ne pas confondre attention et obéissance. Un apprenant qui semble « distrait » peut écouter très bien à sa façon (notes, regard ailleurs).
  • L'attention est fatigable. Exiger une attention prolongée au-delà de 45 min sans récupération est contre-productif.
  • Les 4 modes sont différents. Fort en soutenu ≠ fort en partagé. Évaluer par mode, pas en bloc.
  • Attention aux environnements saturés. Open space, salle bruyante, écran allumé, l'environnement fragilise l'attention avant même la tâche.
  • L'énergie prime. Un apprenant fatigué ne peut pas être attentif, ce n'est pas de la mauvaise volonté.
  • Le jugement moral bloque. Traiter l'attention comme un test moral empêche tout travail.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 2/12

Inhibition

Freiner une réponse automatique pour choisir une réponse ajustée

« Je retiens mon geste… pour choisir le bon moment. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 100-101

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

L'inhibition désigne la capacité d'un apprenant à freiner une réponse automatique, impulsive ou inadaptée, afin de mobiliser une réponse plus ajustée à la situation. Elle constitue un processus central des fonctions exécutives, car elle permet de faire une pause, de réfléchir et de choisir consciemment comment agir. Inhiber ne signifie pas bloquer toute action, mais différer une réponse immédiate pour en sélectionner une plus pertinente.

L'inhibition concerne plusieurs dimensions. Sur le plan moteur, elle permet de retenir un geste ou une action impulsive. Sur le plan cognitif, elle aide à suspendre une première réponse intuitive pour engager un raisonnement plus réfléchi. Sur le plan émotionnel, elle permet de moduler une réaction affective intense afin de rester disponible pour l'apprentissage.

« Dans les apprentissages, une inhibition insuffisante peut conduire à des réponses précipitées, des erreurs évitables ou des comportements inadaptés. À l'inverse, une inhibition excessive peut freiner l'engagement, la prise d'initiative et la créativité. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 100-101

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas bloquer toute action, c'est différer pour mieux choisir
  • Ce n'est pas un manque de volonté, les difficultés d'inhibition relèvent d'un coût cognitif
  • Ce n'est pas uniquement corporel, il y a inhibition motrice, cognitive et émotionnelle
  • Ce n'est pas un trait moral, certains contextes saturent la capacité d'inhiber
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, soutenir l'inhibition consiste à aider l'apprenant à identifier ses élans impulsifs, à comprendre leur origine et à développer des stratégies pour créer un temps de pause.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Répond très vite sans réfléchir
  • Agit avant la fin de la consigne
  • A du mal à gérer ses réactions émotionnelles
  • Persévère dans une réponse erronée
  • Peine à attendre son tour ou à rester en place

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Bouge en permanence, touche tout, coupe la parole, se jette sur le matériel avant la consigne. Crise quand on dit « stop ». Frappe un camarade pour prendre un jouet.
B · Collège (11-15 ans)
Lance une blague à chaque occasion. Répond avant qu'on ait fini la question. Cliquez compulsivement sur notifications. Dit tout haut ce qu'il pense sans filtre.
C · Adultes en formation
Envoie un mail énervé en 30 secondes. Achète sur impulsion puis regrette. Interrompt les collègues. Commence une tâche sans lire toute la consigne.
D · Seniors / résidents
Dit à voix haute une remarque qu'elle pensait intérieure. Répond à côté parce qu'elle a saisi le premier mot. Juge ou commente sans retenue.

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Le jeu du « Feu rouge / Feu vert »
Registre
Jeu structuré corporel
Durée
10-15 minutes
Mécanique
Les apprenants avancent quand l'animateur dit « feu vert » et s'arrêtent net au « feu rouge ». On ajoute progressivement la difficulté : signaux visuels non verbaux, ou inversion des règles. On débriefe ensuite : qu'est-ce qui s'est passé dans ton corps quand il a dit stop ?
Auto-observation
« « Tu as senti le moment où tu voulais encore bouger ? Qu'est-ce qui t'a aidé à t'arrêter ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Jeu classique, ajouter « feu orange » (ralentir). Parcours avec obstacles.
B · Collège (11-15 ans)
Version « Jacques a dit » modifiée : on doit NE PAS reproduire si le mot-clé manque. Chronométré.
C · Adultes en formation
Exercice d'écriture rapide avec contrainte : stopper avant la fin d'une phrase au signal.
D · Seniors / résidents
Activité manuelle (plier, couper) à interrompre au signal sonore. Observer la difficulté.
Piste 2, Mes impulsions de la semaine
Registre
Introspection rétrospective
Durée
15 minutes
Mécanique
Chacun note 3 moments de la semaine où il a agi/parlé trop vite et l'a regretté. Pour chaque : qu'est-ce qui a déclenché l'impulsion ? Qu'aurait-il fallu pour pouvoir freiner ? On met en commun.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui revient dans vos déclencheurs ? Vos impulsions se ressemblent-elles ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Raconte une fois où tu as fait quelque chose trop vite et que tu as regretté. »
B · Collège (11-15 ans)
« 3 fois où tu n'as pas pu te retenir cette semaine. Qu'est-ce qui a déclenché ? »
C · Adultes en formation
« Identifiez 3 actions impulsives professionnelles ou personnelles. Analyse honnête. »
D · Seniors / résidents
« Une fois récente où vous avez parlé ou agi trop vite. Qu'auriez-vous aimé pouvoir dire/faire ? »
Piste 3, L'écart entre impulsion et action
Registre
Expérience corporelle
Durée
12 minutes
Mécanique
L'animateur fait une affirmation provocante ou étonnante. Les apprenants doivent ATTENDRE 10 secondes avant de réagir, même s'ils ont envie de parler tout de suite. On refait l'exercice plusieurs fois. On observe ce que l'attente change à la réaction.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui s'est passé dans ces 10 secondes ? Ta réaction initiale est-elle toujours restée la même ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
L'animatrice dit quelque chose de faux ou drôle. Les enfants doivent lever la main SANS parler pendant 5 secondes.
B · Collège (11-15 ans)
Affirmation provocante, obligation d'attendre avant de répondre. Comparer réactions immédiates vs différées.
C · Adultes en formation
Hypothèse controversée partagée. Temps de pause obligatoire de 30 sec avant débat.
D · Seniors / résidents
Annonce inattendue, obligation de silence pendant 15 sec avant commentaire. Observer l'effet.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Le petit stop »
Image-pivot : Un petit panneau stop dans ta tête qui te dit « attends une seconde ».
  1. Dans ta tête, tu as un petit stop.
  2. Parfois il marche bien : tu attends ton tour, tu écoutes.
  3. Parfois c'est plus difficile : tu parles avant qu'on te demande, tu touches un objet interdit.
  4. Ce n'est pas de ta faute, ton petit stop est en train de grandir.
  5. On va trouver ensemble des petits trucs pour l'aider.

B · Collège (11-15 ans)

« Le frein cognitif »
Image-pivot : Un frein que tu peux mettre avant de réagir, pour choisir ta réaction.
  1. Ton cerveau a un frein, comme un vélo.
  2. Sans frein, tu fonces, tu dis ce qui vient, tu cliques avant de lire.
  3. Avec le frein, tu ralentis 2 secondes, et tu choisis mieux.
  4. Le frein ne bloque pas, il donne juste le temps de choisir.
  5. On va apprendre quand utiliser le frein et comment.

C · Adultes en formation

« Le tampon réflexif »
Image-pivot : Un tampon entre le stimulus et la réaction, qui vous laisse choisir.
  1. Entre ce qui arrive (stimulus) et ce que vous faites (réaction), il y a un tampon.
  2. Plus le tampon est large, plus votre réponse est ajustée.
  3. Le tampon se rétrécit quand vous êtes fatigués, stressés, en surcharge.
  4. Il ne s'agit pas de tout inhiber, mais de retrouver l'espace de choix.
  5. On va travailler à reconnaître les moments où votre tampon s'effrite.

D · Seniors / résidents

« Le temps de pause »
Image-pivot : Un petit silence qu'on s'accorde avant de répondre ou d'agir.
  1. Entre ce qu'on entend et ce qu'on dit, il peut y avoir un petit silence choisi.
  2. Ce silence n'est pas de l'hésitation, c'est un choix de réponse.
  3. Avec l'âge, on connaît bien nos réactions automatiques, le silence aide à ne pas y retomber.
  4. Ce n'est pas inhiber la parole, c'est choisir laquelle.
  5. On va ritualiser ensemble ces petits silences.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Quand ton petit stop marche bien ?
  • Qu'est-ce qui le fait dérailler ?
  • Tu as déjà réussi à t'arrêter quand tu voulais continuer ?

Supports : Dessin de panneau stop, pictos, tour de parole avec objet.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Dans quelle situation tu n'arrives pas à te retenir ?
  • Quels sont tes déclencheurs (fatigue, stress, énervement) ?
  • Tu as déjà réussi à freiner ? Qu'est-ce qui t'a aidé ?

Supports : Liste perso des déclencheurs, échelle 1-10, grille « avant j'aurais... maintenant je pourrais... ».

C · Adultes en formation
Questions :
  • Identifiez une impulsion récurrente que vous regrettez.
  • Quels sont vos déclencheurs (mails, ton agressif, pression) ?
  • Qu'est-ce qui rétrécit votre tampon réflexif ?

Supports : Cartographie des déclencheurs, plan d'élargissement du tampon.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Avez-vous remarqué des réactions automatiques que vous n'aimez plus chez vous ?
  • Dans quelles situations votre temps de pause devient plus court ?
  • Qu'est-ce qui vous aide à vous accorder le silence avant de parler ?

Supports : Tour de parole, partage d'exemples, liste des moments-clés.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le rituel des 3 secondes : avant chaque réponse/action dans un contexte où je sais que je déborde, 3 secondes de pause. L'outil = la règle + les contextes où je l'applique + mon signal personnel pour activer la pause.

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Carte-stop : carte plastifiée avec un panneau stop, à porter dans la poche. Quand je sens que je vais « déborder », je touche ma carte.
B · Collège (11-15 ans)
Protocole frein 3-2-1 : dans les situations identifiées, j'applique : 3 respirations / 2 questions (qu'est-ce qui se passe ? qu'est-ce que je veux vraiment ?) / 1 action choisie.
C · Adultes en formation
Règle des 30 secondes pour les mails (ou 5 min pour les décisions) : liste des contextes où je m'impose un délai. Décision écrite après le délai.
D · Seniors / résidents
Mantra personnel : 1 phrase-repère choisie (ex. « prends le temps »), affichée ou portée. À activer dans les moments de bascule identifiés.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, utilise ton petit stop AU MOINS 1 FOIS quand tu sens que tu veux foncer. »
S2→S3 : « Raconte une fois où il a marché. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « 3 fois cette semaine, applique ton protocole frein. Note ce qui s'est passé. »
S2→S3 : « Identifie 1 déclencheur récurrent. Crée ta stratégie perso pour lui. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Instaurez votre règle des 30 sec pendant 5 jours. Notez les situations où elle a fonctionné. »
S2→S3 : « Élargissez à 1 nouveau contexte. Qu'est-ce qui change ? »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Essayez le petit silence cette semaine dans 2 situations qui vous agacent. »
S2→S3 : « Racontez une fois où ça a transformé votre réponse. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • On ne juge PAS les impulsions des uns et des autres
  • La confidentialité des exemples partagés est absolue
  • L'impulsivité est un mécanisme, pas un défaut moral
  • Le droit à l'imperfection est explicite
  • Silence demandé pendant les exercices de pause

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant interrompt en continu l'animateur ou les autresSignal convenu (doigt sur les lèvres). Ne pas entrer en conflit. Utiliser l'événement comme matière pour le Temps 3.
Une réaction émotionnelle intense (larmes, colère)Accueillir, proposer une pause individuelle. Ne pas faire de leçon de morale. Revenir au cadre quand la personne est prête.
Un participant se dévalorise (« je suis incontrolable »)Ramener : « L'impulsivité n'est pas une identité, c'est un mécanisme. On travaille dessus. »
Un conflit éclate entre participantsSéparer physiquement, chacun respire, puis revenir au cadre. L'analyse peut se faire plus tard, pas à chaud.
Un participant persévère dans une réponse erronée malgré les retoursNe pas insister. Proposer : « On laisse cette piste, on y reviendra. » Éviter la confrontation.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les essais de pause, même ratés
  • Valoriser les prises de conscience (« j'ai senti que j'allais déborder »)
  • Valoriser les rattrapages (« j'ai dit ça, je voulais dire autrement »)
  • Ne JAMAIS valoriser par comparaison entre apprenants

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin de signaux convenus : plutôt que des rappels verbaux répétés, des signaux discrets (gestes, pictos) qui permettent la régulation sans humiliation.
  • Besoin de sorties corporelles autorisées : pouvoir se lever, se mettre à l'écart, respirer n'est pas un privilège, c'est une réponse légitime à la surcharge.
  • Besoin de cadre prévisible : l'imprévu et le flou augmentent l'impulsivité. Un cadre clair, ritualisé, sécurise et libère les ressources pour l'inhibition.
  • Besoin de verbalisation avant action : « qu'est-ce que tu vas faire ? » avant de faire. Ce passage par la parole ralentit et permet le choix.
  • Besoin de permission de rater : l'impulsivité est inévitable. La culpabilisation aggrave. La reconnaissance bienveillante permet la reprise.
  • Besoin de repères émotionnels : reconnaître les émotions qui précèdent l'impulsivité (colère, excitation, fatigue) permet d'anticiper.
  • Besoin d'entraînement contextualisé : l'inhibition se travaille dans le vrai contexte, pas dans des exercices artificiels. Pratique progressive en situation.

10Points de vigilance

  • L'impulsivité n'est pas un refus d'obéir. C'est un coût cognitif et émotionnel. Interpréter en termes moraux aggrave et bloque.
  • L'inhibition excessive est aussi un problème. Bloquer toute action, toute émotion, toute initiative est tout aussi problématique que de ne rien inhiber.
  • L'énergie prime sur la volonté. Un apprenant fatigué ne peut pas inhiber aussi bien que reposé. Ce n'est pas « ne pas essayer ».
  • La consigne « calme-toi » ne marche pas. Demander d'inhiber en pleine activation neurologique est inopérant. Proposer une sortie corporelle, un apaisement, puis revenir.
  • L'inhibition se travaille en contexte. Les exercices d'inhibition abstraits ne transfèrent pas. Il faut travailler en situation réelle.
  • Attention à l'étiquetage. « Tu es impulsif » fige un fonctionnement. Préférer : « dans cette situation, ton frein a été débordé. »
  • La honte aggrave l'impulsivité. Un apprenant honteux de ses débordements s'agite davantage. La bienveillance est un levier, pas une récompense.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 3/12

Flexibilité cognitive

Passer d'une idée, d'une tâche ou d'une règle à une autre sans se bloquer

« Changer de direction sans perdre le Nord. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 62-63

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La flexibilité cognitive désigne la capacité à modifier son mode de pensée, son comportement ou sa stratégie face à un changement de situation, de consigne ou de contexte. C'est la capacité à « basculer » mentalement, à envisager plusieurs solutions, à accepter une modification imprévue sans se figer.

Elle s'appuie sur d'autres fonctions exécutives, notamment l'inhibition (pour suspendre la réponse précédente) et la mémoire de travail (pour maintenir la nouvelle consigne). Elle se développe progressivement, de l'enfance à l'âge adulte, et peut être fragilisée par la fatigue, le stress, certaines pathologies ou la rigidité des habitudes.

« Un apprenant rigide n'est pas un apprenant opposant. Il est un apprenant dont le coût cognitif du changement est, à cet instant, supérieur à ses ressources disponibles. Baisser la demande de flexibilité n'est pas renoncer, c'est ajuster. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 62-63

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas de l'opposition : l'apprenant rigide n'a pas choisi de l'être, il n'y arrive pas à cet instant
  • Ce n'est pas un trait de caractère fixe : la flexibilité se travaille, s'entraîne, s'ajuste
  • Ce n'est pas la versatilité : être flexible, c'est changer quand c'est pertinent, pas tout le temps
  • Ce n'est pas incompatible avec la persévérance : on peut être flexible ET tenace
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, travailler la flexibilité cognitive consiste à expérimenter le coût mental d'un changement, à en repérer les signaux, puis à construire des stratégies personnelles pour faciliter les transitions (anticipation, rituels de bascule, reformulation).

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Se bloque quand une consigne change en cours de route
  • Maintient une stratégie même quand elle ne fonctionne pas
  • Difficulté à accepter une nouvelle règle ou un nouveau cadre
  • Reste fixé sur la première idée, ne parvient pas à en envisager d'autres
  • S'agite ou s'oppose quand la routine est modifiée
  • Revient constamment à la même proposition
  • Évite les situations où il faut s'adapter

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Crise quand la routine change (ordre des activités, place dans le cercle, couleur du pinceau). Répétition têtue de la même action. Peut s'opposer au changement d'objet.
B · Collège (11-15 ans)
Refuse de changer de méthode même quand celle-ci ne marche pas. Dit « non mais c'est pas comme ça qu'on fait ». Se fige quand l'enseignant modifie la consigne.
C · Adultes en formation
Reste bloqué sur un raisonnement, n'arrive pas à envisager une autre approche du problème. Rejette les propositions de changement d'organisation. Argumente longtemps avant d'accepter une modification.
D · Seniors / résidents
Difficulté à intégrer un nouvel usage (numérique, procédure administrative). Peut dire « de mon temps on faisait comme ça ». Inconfort face à l'imprévu.

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Le changement de règle au milieu du jeu
Registre
Jeu collectif à règles mobiles
Durée
10-12 minutes
Mécanique
Un jeu simple démarre avec une règle claire (ex. frapper dans les mains quand on entend un mot). Après 2 minutes, la règle change (frapper sur un autre mot). Puis encore. On observe le temps de bascule, les erreurs, les résistances.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui a été difficile au moment du changement ? Qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Jaune-rouge : sauter quand jaune, s'accroupir quand rouge. Après 1 min : l'inverse. Observer la bascule.
B · Collège (11-15 ans)
Pierre-feuille-ciseau inversé : jouer normalement, puis règle inversée (le perdant gagne). Observer les erreurs.
C · Adultes en formation
Tri de cartes par couleur, puis par forme : changer de critère toutes les 30 secondes. Chronométrer le coût du switch.
D · Seniors / résidents
Dire l'inverse : l'animateur dit « jour », il faut dire « nuit », etc. Après 1 min, inverser : répéter tel quel. Observer le blocage.
Piste 2, Trois chemins pour un même problème
Registre
Résolution multiple
Durée
12-15 minutes
Mécanique
Un même problème simple est posé. Les apprenants cherchent 3 façons différentes de le résoudre. Objectif : dépasser la première idée, envisager la pluralité. On partage et on classe les solutions.
Auto-observation
« « Quelle a été la solution la plus facile à trouver ? La deuxième ? La troisième ? Qu'est-ce qui s'est passé quand il a fallu chercher une autre voie ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Faire tenir une tour de 3 cubes de 3 façons différentes. Comparer.
B · Collège (11-15 ans)
Trouver 3 façons différentes de résoudre un petit problème de maths ou de logique.
C · Adultes en formation
Proposer 3 manières de gérer un imprévu en réunion (selon le contexte, les personnes, l'enjeu).
D · Seniors / résidents
Trouver 3 façons différentes de partager un gâteau entre 5 personnes.
Piste 3, Mon mur intérieur
Registre
Introspection
Durée
15 minutes
Mécanique
Chacun identifie une situation récente où il s'est retrouvé « bloqué » face à un changement. On décrit le déclencheur, les sensations, les pensées, ce qui aurait aidé. Mise en commun anonymisée.
Auto-observation
« « Quand vous vous êtes senti bloqué, qu'est-ce qui se passait dans votre corps, dans votre tête ? Qu'est-ce qui vous a débloqué, ou qui aurait pu ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Raconter avec un dessin « la fois où j'ai dit non et pas voulu changer ».
B · Collège (11-15 ans)
Écrire 3 lignes sur une fois où « je me suis braqué » et pourquoi.
C · Adultes en formation
Situation professionnelle de résistance au changement : analyse post-événement.
D · Seniors / résidents
Partage oral, tour de parole : une fois où le changement a été dur, et ce qui a aidé.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Le petit train qui change de voie »
Image-pivot : Comme un train qui roule tout droit et doit soudain tourner.
  1. Dans ta tête, il y a des petits trains qui roulent.
  2. Quand quelqu'un te dit de changer de jeu, ton train doit tourner.
  3. Parfois c'est facile, parfois le train ne veut pas tourner, il veut continuer.
  4. Ce n'est pas grave : on va apprendre à aider le train à tourner.
  5. Plus on s'entraîne, plus le train tourne vite.

B · Collège (11-15 ans)

« Le changement de chaîne »
Image-pivot : Zapper entre deux chaînes : parfois ça passe vite, parfois ça bugge.
  1. Ta tête, c'est comme une télé avec plusieurs chaînes.
  2. Changer d'idée, de consigne, c'est zapper.
  3. Parfois le zap est fluide, parfois il y a un temps de chargement, c'est normal.
  4. Se bloquer, ce n'est pas être stupide, c'est que le zap prend du temps.
  5. On va apprendre à sentir ce temps et à ne pas le combattre.

C · Adultes en formation

« Le switch mental »
Image-pivot : Changer d'onglet sur son ordinateur : ça prend quelques secondes.
  1. Votre cerveau fonctionne comme un ordinateur multi-onglets.
  2. Chaque changement d'activité, de consigne, de contexte demande un switch.
  3. Ce switch a un coût cognitif : c'est normal de ressentir une résistance.
  4. La rigidité n'est pas un défaut, c'est souvent un signe d'épuisement ou de stress.
  5. On va apprendre à rendre vos switches moins coûteux.

D · Seniors / résidents

« Changer de rail »
Image-pivot : Un tramway qui passe d'un rail à un autre : il faut le temps de la manœuvre.
  1. Votre esprit fonctionne comme un tramway sur ses rails.
  2. Changer de sujet, de rythme, d'habitude, c'est changer de rail.
  3. La manœuvre prend du temps, et c'est parfaitement normal.
  4. La difficulté à changer n'est pas une faiblesse : c'est un signal que l'ajustement demande du temps.
  5. Nous allons apprendre à préparer les changements, pour qu'ils soient plus doux.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • À quel moment tu n'as pas voulu changer ?
  • Qu'est-ce que tu aurais aimé qu'on te dise ?
  • Qu'est-ce qui t'a aidé quand tu as réussi à changer ?

Supports : Météo à 3 niveaux, dessin libre, pictos de moments de bascule.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Quand tu changes d'activité, qu'est-ce qui est dur ?
  • Quelles matières ou situations demandent le plus de switch ?
  • Qu'est-ce qui t'aide à changer de mode ?

Supports : Échelle 1-10 « coût du changement », grille des matières, post-its.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Face à quels types de changement êtes-vous le plus rigide ?
  • Qu'est-ce qui, dans votre journée, vous demande de switcher souvent ?
  • Quelles stratégies personnelles d'adaptation avez-vous développées ?

Supports : Auto-diagnostic écrit, matrice situations/coûts, journal de bascule.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Qu'est-ce qui a changé dans votre vie récemment que vous trouvez dur ?
  • Qu'est-ce qui, au contraire, a été facile à changer ?
  • Qu'est-ce qui vous aide à accepter un changement ?

Supports : Partage oral, grille 2 colonnes (facile/difficile), ligne de vie.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : La carte des transitions personnelles en 3 zones : mes signaux de rigidité (comment je sens que je me bloque) / mes déclencheurs de blocage (ce qui génère ma rigidité) / mes stratégies de bascule (ce qui m'aide à changer, anticipations, rituels, mots-clés).

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Pont du changement : dessin de 3 étapes, « je suis dans un jeu → petit pont → je vais dans un autre jeu ». L'enfant le regarde avant de changer.
B · Collège (11-15 ans)
Fiche switch personnel : A5 recto-verso, signaux de blocage identifiés + 3 gestes de bascule qui marchent pour moi (respirer, bouger, dire à voix haute).
C · Adultes en formation
Protocole de transition : séquence personnelle de 3 étapes à utiliser avant un changement important (pause + verbalisation du nouveau cadre + micro-action).
D · Seniors / résidents
Mémo des changements : carnet simple avec les 3-4 changements importants en cours, chacun avec une phrase qui aide, une personne-ressource, un délai acceptable.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, essaie de changer de jeu avec ton pont du changement. »
S2→S3 : « Raconte à ta maîtresse une fois où tu as réussi à changer. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Repère 3 moments où tu as eu du mal à switcher cette semaine. Note en 1 mot ce qui s'est passé. »
S2→S3 : « Teste ta fiche switch une fois avant un changement d'activité. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Identifiez 2 situations de rigidité dans votre semaine. Qu'est-ce qui était en jeu ? »
S2→S3 : « Utilisez votre protocole de transition une fois. Notez l'effet. »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Repérez un petit changement dans votre semaine qui a été facile, et un qui a été dur. »
S2→S3 : « Essayez votre mémo des changements sur une situation en cours. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Droit de prendre le temps avant de changer d'activité
  • Pas d'injonction à « s'adapter vite »
  • Annoncer chaque changement à l'avance
  • Accepter les résistances comme des signaux, pas comme de l'opposition
  • Valoriser la prise de conscience du blocage autant que le déblocage

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant se braque face à un changement de consigneNe pas argumenter, ne pas forcer. Proposer un sas de transition (« prends 1 minute »). Revenir ensuite.
Le groupe résiste à une modification d'activitéReconnaître : « Ce changement vous dérange. » Laisser un temps d'expression avant de reprendre.
Un apprenant propose toujours la même solutionValoriser la constance, puis inviter : « Et si on cherchait une autre piste, juste pour voir ? »
La séance prévue ne « marche pas »Accepter de pivoter. Utiliser l'événement comme matière pour travailler la flexibilité du groupe.
Un apprenant dit « moi je fais comme ça et pas autrement »Respecter la position, proposer un cadre sécurisé pour tester autre chose, sans obligation.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les tentatives de nouvelle stratégie, même hésitantes
  • Valoriser les prises de conscience de blocage (« là je sens que je me braque »)
  • Valoriser les sas de transition utilisés (« tu as pris ton temps »)
  • Ne JAMAIS valoriser uniquement le résultat, surtout valoriser le processus de bascule

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin d'anticipation des transitions : annoncer les changements à l'avance, avec le timing précis. La surprise est un générateur de rigidité.
  • Besoin de sas entre deux activités : une respiration, un mouvement, une verbalisation du passage. Sans sas, le switch coûte le double.
  • Besoin de reconnaître la rigidité comme légitime : elle est rarement un choix. Elle est souvent un épuisement, un stress, une protection.
  • Besoin de cadre stable sur le fond : un cadre global prévisible permet de supporter des micro-changements. Sans cadre, tout est menaçant.
  • Besoin de propositions multiples : offrir plusieurs options plutôt qu'une seule voie. « Choisis ton chemin » est plus flexibilisant que « fais comme ça ».
  • Besoin de temps non négociable : la flexibilité demande du temps. Presser augmente la rigidité. Laisser respirer.
  • Besoin de langage de la bascule : nommer le changement, lui donner un mot (« on switche », « on tourne », « nouvelle manche »). Le mot aide à faire.

10Points de vigilance

  • Ne pas confondre rigidité et opposition. La rigidité cognitive est une difficulté, pas un choix. L'opposition est une stratégie consciente. Les deux se ressemblent mais se traitent différemment.
  • La flexibilité se fatigue. En fin de journée, après un stress, en période de vie difficile, la flexibilité baisse. Ce n'est pas un trait fixe.
  • Attention à l'injonction paradoxale. Demander « sois flexible » est souvent aussi inefficace que demander « détends-toi ». Mieux vaut proposer des conditions qui facilitent la flexibilité.
  • La rigidité est souvent protectrice. Derrière un blocage apparent, il y a souvent une tentative de sécurité. Reconnaître la fonction de la rigidité avant de la combattre.
  • La sur-adaptation existe. Certains apprenants acceptent tous les changements, trop vite, au prix d'un épuisement invisible. La flexibilité n'est pas l'absence de préférences.
  • Piège de la nouveauté permanente. Un cadre qui change tout le temps génère paradoxalement de la rigidité. La flexibilité se construit dans la stabilité, pas le chaos.
  • Certains contextes imposent la rigidité. En situation d'examen, de performance, d'urgence, demander de la flexibilité est contre-productif. Respecter les moments où la fixation est adaptée.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 4/12

Planification

Anticiper, séquencer, ordonner les étapes d'une tâche ou d'un projet

« Avant de partir, savoir où l'on va. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 74-75

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La planification est la capacité à se représenter mentalement les étapes d'une tâche, à les ordonner dans le temps, à prévoir les ressources nécessaires, et à anticiper les obstacles. Elle mobilise la mémoire de travail, l'attention, la flexibilité et le contrôle inhibiteur.

Elle se construit progressivement de l'enfance à l'âge adulte. Elle est particulièrement sollicitée dans les tâches longues, complexes ou abstraites, et peut être fragilisée par la fatigue, le stress, certaines pathologies ou simplement par l'absence d'exemple. Savoir planifier ne signifie pas « tout prévoir » : c'est avant tout savoir découper, ordonner, anticiper des bifurcations.

« Un apprenant qui « ne planifie pas » n'est pas un apprenant paresseux. Il est un apprenant qui n'a jamais rendu visible le processus de planification, ou qui a été confronté à des plans toujours imposés par d'autres. Rendre le plan visible, c'est déjà enseigner. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 74-75

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas de la rigidité : un plan se révise en cours de route
  • Ce n'est pas « tout prévoir » : c'est savoir ce qu'on fait maintenant et ce qui vient après
  • Ce n'est pas un trait de caractère : ça se modélise, se pratique, s'outille
  • Ce n'est pas incompatible avec la spontanéité : on peut planifier un espace de liberté
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, travailler la planification consiste à rendre visible le processus : représenter les étapes, les verbaliser, les hiérarchiser, puis construire un outil personnel pour transférer cette démarche dans le quotidien.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Se lance dans une tâche sans anticiper la fin
  • Oublie des étapes importantes quand il y en a plusieurs
  • Ne sait pas par où commencer face à un projet
  • Déborde en fin de tâche ou finit trop vite
  • N'évalue pas bien le temps nécessaire
  • Est désorganisé dans son espace de travail
  • Abandonne une tâche longue en cours de route

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Commence 10 choses sans finir. Saute les étapes. Ne sait pas répondre à « qu'est-ce qu'on fait après ? ». Veut le résultat tout de suite.
B · Collège (11-15 ans)
Sort de l'école avec 3 DS dans la semaine et n'a rien organisé. Attend le dernier moment. Ne sait pas découper une rédaction en étapes.
C · Adultes en formation
Reporte, procrastine, commence par le plus facile. Ne sait pas segmenter un projet professionnel. Déborde en réunion.
D · Seniors / résidents
Désorganisation des journées, oubli de rendez-vous, difficultés à gérer un agenda, sentiment de « ne plus savoir s'y prendre ».

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Le projet en désordre
Registre
Reconstitution séquentielle
Durée
10-12 minutes
Mécanique
Les apprenants reçoivent les étapes d'un projet sous forme de cartes mélangées (préparer un repas, organiser un anniversaire, faire une rédaction). Ils doivent les remettre dans le bon ordre, puis expliquer pourquoi.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui vous a guidés pour choisir l'ordre ? Qu'est-ce qui aurait pu arriver si on avait mélangé ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Cartes-images d'une recette simple (œufs, farine, mélanger, cuire, manger). Mélanger, remettre en ordre.
B · Collège (11-15 ans)
Étapes d'une rédaction sur post-its mélangés. Reconstituer l'ordre à plusieurs. Argumenter.
C · Adultes en formation
Projet professionnel découpé : lancer une réunion, organiser un événement, monter un dossier. Cartes à ordonner.
D · Seniors / résidents
Cartes d'une journée (lever, petit déj, pharmacie, RDV, repas, sieste). Reconstituer et discuter.
Piste 2, La météo de ma journée
Registre
Anticipation autobiographique
Durée
12-15 minutes
Mécanique
Chacun représente sa journée type sous forme de frise, avec les moments « faciles » (soleil), les moments « difficiles » (nuages, orages), et identifie les bascules critiques. On partage et on repère les points communs et les stratégies d'anticipation.
Auto-observation
« « Quels moments vous coûtent le plus ? Comment les anticipez-vous aujourd'hui ? Qu'est-ce qui pourrait changer ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Dessin de la journée avec soleils et nuages. L'animateur aide à verbaliser.
B · Collège (11-15 ans)
Frise de la semaine scolaire, code couleur pour les matières, les pauses, les moments redoutés.
C · Adultes en formation
Frise détaillée de 24h, identification des pics de charge et des creux. Discussion sur la répartition.
D · Seniors / résidents
Frise simple d'une semaine, avec les rendez-vous, visites, repas. Repérer les temps « vides » utiles.
Piste 3, Le plan B
Registre
Anticipation d'obstacle
Durée
15 minutes
Mécanique
Chacun choisit une tâche qu'il doit faire cette semaine. Il liste les étapes, puis identifie 2 obstacles possibles et prépare, pour chacun, un plan B (adaptation, report, demande d'aide). Mise en commun des stratégies.
Auto-observation
« « Qu'est-ce que vous avez découvert en cherchant les obstacles possibles ? Est-ce que ça change votre plan initial ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Activité collective : « si la maîtresse est malade, on fait quoi ? » Imagination de scénarios.
B · Collège (11-15 ans)
Planifier une rédaction, puis anticiper « si je n'ai pas d'inspiration », « si je perds mon cahier »...
C · Adultes en formation
Planifier une semaine professionnelle, anticiper « si une réunion déborde », « si un collègue est absent »...
D · Seniors / résidents
Planifier une sortie, anticiper « s'il pleut », « si le bus ne passe pas ». Stratégies concrètes.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« La recette de cuisine »
Image-pivot : Faire un gâteau en suivant la recette étape par étape.
  1. Pour faire un gâteau, il faut faire les choses dans l'ordre.
  2. D'abord les œufs, puis la farine, puis mélanger, puis cuire.
  3. Si on mélange avant de casser les œufs, ça ne marche pas.
  4. Quand tu fais quelque chose de grand, c'est comme une recette : on fait dans l'ordre.
  5. On va apprendre à faire nos petites recettes pour nos projets.

B · Collège (11-15 ans)

« Le GPS »
Image-pivot : Comme un GPS qui calcule l'itinéraire avant de rouler.
  1. Quand tu prends ta bagnole, tu ne pars pas sans savoir où tu vas.
  2. Le GPS calcule l'itinéraire, les étapes, le temps.
  3. Pour un DS, une rédaction, un projet, c'est pareil : il faut calculer avant de rouler.
  4. Sans GPS, tu tournes en rond ou tu rates ta sortie.
  5. On va apprendre à être notre propre GPS.

C · Adultes en formation

« Le rétroplanning »
Image-pivot : Partir de la date finale et remonter pour caler chaque étape.
  1. Planifier, c'est partir de la fin et remonter le fil.
  2. Si le projet est livré dans 3 semaines, qu'est-ce qui doit être fait dans 2 semaines ? 1 semaine ? Cette semaine ?
  3. Le rétroplanning fait apparaître les urgences cachées.
  4. Sans rétroplanning, on est toujours en retard sur soi-même.
  5. On va apprendre à rendre vos rétroplannings simples et utilisables.

D · Seniors / résidents

« Le carnet d'avance »
Image-pivot : Écrire ce qu'on prévoit pour demain, pour la semaine, avec ses rendez-vous.
  1. Quand on ne tient plus tout en tête, le carnet d'avance aide.
  2. On y note ce qu'on prévoit, pas seulement ce qu'on a fait.
  3. Un petit coup d'œil le matin, un petit coup d'œil le soir.
  4. Ce n'est pas perdre la tête, c'est s'alléger la tête.
  5. On va faire chacun son carnet, à sa façon.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • À quel moment dans ton gâteau tu t'es trompé d'ordre ?
  • Qu'est-ce qui aurait aidé ?
  • Qui peut t'aider à mettre dans l'ordre ?

Supports : Dessin d'étapes, cartes-images à remettre en ordre, météo simple.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Quand tu fais un DS, tu commences par quoi ? Tu finis toujours ?
  • Qu'est-ce qui est dur : commencer, continuer, finir ?
  • Qui planifie pour toi aujourd'hui ?

Supports : Grille 3 colonnes (début/milieu/fin), échelle 1-10 du « je m'y prends à l'avance ».

C · Adultes en formation
Questions :
  • Sur quel type de projet votre planification est-elle la plus efficace ? La plus défaillante ?
  • Que reportez-vous le plus souvent, et pourquoi ?
  • Quel outil de planification avez-vous essayé et abandonné ?

Supports : Matrice urgent/important, journal des reports, inventaire d'outils.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Comment organisez-vous aujourd'hui votre semaine ?
  • Qu'est-ce qui vous échappe le plus : les rendez-vous, les courses, les anniversaires ?
  • Qu'est-ce qui vous aide (carnet, téléphone, quelqu'un) ?

Supports : Grille simple semaine, tour de parole, partage d'astuces.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le plan visuel en 3 cases : objectif final (où je veux arriver) / étapes (découpées, chronologiques, concrètes) / obstacles anticipés (avec plan B pour chacun).

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Recette visuelle : carte plastifiée avec pictos des étapes dans l'ordre, cochable avec feutre effaçable.
B · Collège (11-15 ans)
Fiche projet : A4 recto-verso, 3 cases (objectif, étapes, obstacles), calendrier simple avec échéances.
C · Adultes en formation
Rétroplanning de poche : format A5 ou numérique, une feuille par projet en cours, mise à jour hebdomadaire.
D · Seniors / résidents
Carnet d'avance : cahier simple avec 1 page par semaine, RDV + à faire + pense-bête. Consulté matin et soir.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Fais une petite recette à la maison avec les étapes dans l'ordre. »
S2→S3 : « Raconte à ton enseignant un moment où tu as fait bien dans l'ordre. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Pour ton prochain devoir, écris les 3 étapes avant de commencer. »
S2→S3 : « Planifie ta semaine avec ta fiche projet. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Choisissez un projet en cours, faites son rétroplanning. Observez ce qui apparaît. »
S2→S3 : « Testez 1 semaine avec votre rétroplanning mis à jour chaque lundi. »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Notez dans votre carnet d'avance les 3 rendez-vous de la semaine. »
S2→S3 : « Consultez votre carnet chaque matin cette semaine. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Droit de ne pas savoir planifier et d'apprendre
  • Pas de jugement sur les plans des autres
  • Un plan peut être révisé, corrigé, abandonné
  • On parle des obstacles sans honte
  • Outil personnel, pas de modèle unique imposé

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant dit « je peux pas planifier, c'est pas moi »Reconnaître la difficulté, proposer un tout petit plan (3 étapes max) pour une toute petite tâche. Ancrer la réussite.
Un apprenant fait un plan irréalisteNe pas corriger frontalement. Proposer de simuler : « et si on déroulait ton plan minute par minute ? » Laisser découvrir.
Un apprenant oublie un plan déjà faitNe pas répéter. Repartir du rappel, travailler l'outil de rappel (alarme, post-it, consultation quotidienne).
Un apprenant refuse l'outil proposéRespecter. L'outil doit être personnel. Accompagner la construction d'un outil à soi.
Le groupe déborde sur une activité de planificationC'est souvent un signe que la tâche était mal calibrée. Arrêter, segmenter, reprendre avec une version plus simple.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les plans simples et suivis, pas les plans ambitieux
  • Valoriser les révisions de plan en cours de route (flexibilité)
  • Valoriser les anticipations d'obstacles
  • Ne JAMAIS valoriser uniquement le résultat : valoriser le processus

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin de visibilité du processus : rendre les étapes visibles (schéma, liste, frise). Le plan invisible n'existe pas.
  • Besoin de segmentation : une grande tâche n'est jamais planifiée, seules les micro-étapes le sont. Apprendre à découper.
  • Besoin de temps dédié à la planification : la planification prend du temps, il faut l'accorder. Planifier sous pression est inefficace.
  • Besoin d'outils simples : le meilleur outil est celui qu'on utilise. Préférer un outil rudimentaire mais utilisé à un outil parfait mais oublié.
  • Besoin de modèles explicites : voir d'autres plans aide. Montrer, co-construire, commenter.
  • Besoin d'anticipation des obstacles : un plan sans plan B est un plan fragile. Apprendre à se demander « si ça ne marche pas, alors... ».
  • Besoin de rituels de révision : regarder son plan chaque matin, chaque soir. Le plan n'est pas un événement, c'est une habitude.

10Points de vigilance

  • Ne pas confondre absence de planification et paresse. Un apprenant qui ne planifie pas n'est pas paresseux. Il est probablement en surcharge, ou il n'a jamais été outillé.
  • Le plan doit servir la personne, pas l'inverse. Un plan trop rigide bride. Un plan trop lâche n'aide pas. Trouver le bon niveau de granularité.
  • La planification est culturelle. Toutes les cultures ne valorisent pas la planification à long terme. Respecter les rapports au temps différents.
  • Attention au sur-planning. Certains apprenants planifient tout, à l'excès, comme défense contre l'angoisse. Le plan devient un symptôme. Reconnaître.
  • La planification demande de la mémoire de travail. Si la mémoire de travail est faible, il faut des outils externes visibles, pas plus d'effort mental.
  • Le modèle unique est un piège. Un apprenant ne trouvera pas son plan dans un modèle imposé. Il doit construire le sien, en s'inspirant, en testant.
  • Piège de la planification tardive. Planifier la veille pour le lendemain est inefficace. Planifier en amont, relire, ajuster.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 5/12

Mémoire de travail

Maintenir et manipuler l'information pendant qu'on l'utilise

« Mon post-it mental… mais il s'efface vite. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 108-109

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La mémoire de travail désigne la capacité à maintenir temporairement des informations actives en mémoire tout en les manipulant pour réaliser une tâche. Elle intervient lorsque l'apprenant doit écouter une consigne, la comprendre, la retenir et l'utiliser simultanément.

Cette mémoire est limitée en capacité et en durée. Elle peut rapidement être saturée lorsque trop d'informations sont présentées simultanément, lorsque la tâche est complexe ou lorsque l'environnement est peu structuré. Une surcharge peut entraîner des oublis, des erreurs, une lenteur d'exécution ou un décrochage apparent.

« La mémoire de travail est étroitement liée à l'attention, à la charge cognitive et à la latence. Elle est particulièrement sollicitée en situation de double tâche, lors de raisonnements complexes ou lorsque les informations ne sont pas suffisamment organisées. Lorsque la mémoire de travail est saturée, même un apprenant compétent peut se retrouver en difficulté. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 108-109

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas la mémoire à long terme, elle est temporaire, active, manipulatrice
  • Ce n'est pas un manque d'intelligence, c'est une capacité physiologique limitée
  • Ce n'est pas un défaut personnel, elle sature chez tout le monde à un certain seuil
  • Ce n'est pas le « j'ai oublié » après quelques heures, c'est l'incapacité immédiate à tenir
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, soutenir la mémoire de travail consiste à réduire ce qui doit être conservé mentalement, à structurer l'information et à externaliser ce qui peut l'être.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Oublie une partie de la consigne
  • Perd le fil en cours de tâche
  • Réussit mieux avec des supports écrits ou visuels
  • Se désorganise lorsque la tâche comporte plusieurs étapes
  • Se fatigue rapidement lors d'activités complexes

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Démarre la tâche puis oublie la 2e étape. Répond à côté parce qu'il n'a retenu que le dernier mot. Cherche son matériel puis oublie ce qu'il cherchait.
B · Collège (11-15 ans)
Copie une consigne en oubliant la moitié. Se perd dans un énoncé de problème à 3 données. Doit relire sa consigne toutes les 2 minutes.
C · Adultes en formation
Entre dans une salle pour chercher quelque chose qu'il oublie. Se perd dans un argument complexe. Ne peut pas suivre une réunion où plusieurs sujets se croisent.
D · Seniors / résidents
« Je perds le fil. » Oublie le début d'une phrase longue. Ne peut pas retenir un numéro de téléphone assez longtemps pour le composer. Confond les tours de parole.

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Les listes qui s'allongent
Registre
Jeu de mémoire courte
Durée
10-12 minutes
Mécanique
L'animateur annonce 3 mots. Les apprenants les redonnent dans l'ordre. Puis 4, 5, 6, 7. On observe à quel seuil chacun décroche. Révélateur des capacités individuelles.
Auto-observation
« « À quel moment ça a commencé à devenir dur ? Quelle stratégie tu as essayée pour tenir ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Listes de 3 puis 4 puis 5 objets visibles. Reprendre dans l'ordre.
B · Collège (11-15 ans)
Listes numériques croissantes (123, 1234, 12345, etc.). Identifier son seuil.
C · Adultes en formation
Consignes multi-étapes (« prenez A, rangez B, comptez C ») à exécuter de tête.
D · Seniors / résidents
Liste de courses, puis de noms, puis de rendez-vous. Mémoriser puis restituer.
Piste 2, Avec support vs sans support
Registre
Comparaison
Durée
12-15 minutes
Mécanique
Même consigne complexe donnée 2 fois : une version oralement seule, une version avec support écrit visible. Chacun exécute les 2 versions (à 30 min d'écart). On compare la performance et le ressenti.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui a changé entre les 2 versions ? Quelle différence ça fait, pour vous ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Bricolage à 4 étapes : en oral puis avec pictos. Observer l'écart.
B · Collège (11-15 ans)
Exercice de maths à 3 opérations : oral puis écrit visible. Comparer.
C · Adultes en formation
Procédure métier à 5 étapes : orale puis sous forme de checklist.
D · Seniors / résidents
Recette ou activité à 4 étapes : oral seul, puis avec fiche visible.
Piste 3, Ma double tâche à moi
Registre
Mise en situation
Durée
12 minutes
Mécanique
Les apprenants font une tâche simple, puis on leur demande de faire la MÊME tâche en même temps qu'une seconde (compter à voix haute, écouter un texte). On observe l'effondrement de la performance. Effet très visible.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui vous a le plus fatigué ? Est-ce que tenir les 2 tâches a été possible ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Colorier une forme en comptant à voix haute de 1 à 20. Observer la difficulté.
B · Collège (11-15 ans)
Résoudre un exercice simple en écoutant une annonce. Performance après les 2.
C · Adultes en formation
Répondre à un mail en écoutant les nouvelles. Qualité des 2 ? Fatigue ?
D · Seniors / résidents
Écrire une liste de courses en répondant à une question. Observer l'impact.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Mon petit tableau dans la tête »
Image-pivot : Un petit tableau dans ta tête où tu notes les choses… mais qui s'efface vite.
  1. Dans ta tête, tu as un petit tableau pour poser tes idées.
  2. Tu peux écrire dessus 3 ou 4 choses, pas plus.
  3. Quand on te donne trop de consignes, le tableau déborde et des choses s'effacent.
  4. Ce n'est pas de ta faute, ton tableau est petit, comme pour tout le monde.
  5. On va apprendre à ne pas trop remplir ton tableau.

B · Collège (11-15 ans)

« Le post-it mental »
Image-pivot : Un post-it collé dans ta tête, qui tient 30 secondes.
  1. Ta mémoire de travail, c'est un post-it mental.
  2. Tu notes mentalement (consigne, liste, numéro)… mais le post-it s'efface.
  3. Plus tu dois tenir de trucs en même temps, plus il s'efface vite.
  4. Ce n'est pas « j'ai oublié », c'est que le post-it est plein.
  5. On va apprendre à externaliser pour libérer le post-it.

C · Adultes en formation

« La RAM cognitive »
Image-pivot : Comme la RAM d'un ordi, limitée, et qui sature vite.
  1. Votre cerveau a une RAM, comme un ordinateur.
  2. Chaque info active consomme une partie de cette RAM.
  3. Quand la RAM sature : lenteurs, oublis, crashs, irritabilité.
  4. Le problème n'est pas votre CPU (intelligence) : c'est votre RAM (mémoire de travail).
  5. On va apprendre à gérer votre RAM : externaliser, simplifier, séquencer.

D · Seniors / résidents

« Le petit plateau »
Image-pivot : Un petit plateau mental où vous posez ce que vous traitez, limité.
  1. Dans votre tête, il y a un petit plateau pour ce que vous êtes en train de penser.
  2. Avec l'âge, le plateau peut devenir un peu plus petit, ou se salir plus vite.
  3. Si on vous demande trop à la fois, des choses tombent du plateau.
  4. Ce n'est pas une défaillance, c'est physiologique.
  5. On va apprendre à poser des choses ailleurs pour libérer le plateau.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Quand ton petit tableau est trop plein, c'est quand ?
  • Qu'est-ce qui t'aide à retenir (un dessin, un geste, une chanson) ?
  • Dis-moi une fois où tu as oublié un truc qu'on venait de te dire.

Supports : Dessin de tableau avec croix et coches, pictos.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Dans quelle matière ton post-it déborde le plus vite ?
  • Qu'est-ce qui aide ton post-it à tenir (prise de notes, reformulation) ?
  • Combien d'étapes tu arrives à tenir sans support écrit ?

Supports : Grille matières × aides, test personnel d'empan.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Dans quelles situations professionnelles votre RAM sature ?
  • Quelles stratégies d'externalisation utilisez-vous déjà (post-its, listes, rappels) ?
  • Qu'est-ce qui vous fait crasher rapidement ?

Supports : Matrice des situations saturantes, inventaire des outils d'externalisation.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • À quels moments votre plateau déborde le plus ?
  • Quelles astuces avez-vous développé pour compenser (pense-bête, aide-mémoire) ?
  • Qu'est-ce qui vous aide le mieux : l'écrit, la répétition, les objets repère ?

Supports : Tour de parole, liste de ses propres astuces, partage collectif.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le système d'externalisation personnel : pour libérer la mémoire de travail, identifier ce qui peut être posé sur un support externe. Format : 3 colonnes, ce que je mets dans ma tête / ce que je pose sur le support / où est le support ?

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Carte-pictos à 3 étapes : carte avec 3 cases vides à dessiner pour les étapes d'une activité. L'enfant regarde les images pour se repérer.
B · Collège (11-15 ans)
Mini-cahier de consignes : carnet de poche où on écrit les consignes des profs. Se relit à chaque transition. Base écrite qui remplace la mémoire de travail.
C · Adultes en formation
Système d'externalisation professionnel : choix d'outils adaptés (Notion, agenda papier, appli de rappels). Règles : ce qui a plus d'une étape, ça se pose sur support.
D · Seniors / résidents
Aide-mémoire du quotidien : tableau mural avec 4 zones, rendez-vous / médicaments / courses / à faire. Zone « Notes du jour » pour l'instantané.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, utilise ta carte-pictos pour UNE activité. Regarde-la si tu oublies. »
S2→S3 : « Raconte ce qui s'est passé quand tu as utilisé ta carte. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Utilise ton mini-cahier de consignes pendant 5 jours. Note à chaque cours. »
S2→S3 : « Identifie 1 consigne que tu aurais oubliée sans le cahier. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Cette semaine, ne tenez RIEN de ce qui a plus d'une étape dans votre tête. Tout sur support. »
S2→S3 : « Quelle a été votre meilleure stratégie d'externalisation ? »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Installez votre aide-mémoire quotidien. Utilisez-le. »
S2→S3 : « Qu'est-ce qui a changé dans votre sérénité ? »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Aucune consigne orale > 2 étapes sans support visuel
  • Pas de double tâche pendant l'atelier
  • Droit de demander répétition sans se justifier
  • Supports écrits systématiques pour toute info importante
  • Pauses obligatoires toutes les 20-25 min

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant oublie la consigne qu'on vient de donnerNE PAS reprocher. Répéter avec support écrit. Noter : ma consigne était-elle trop longue ?
Plusieurs apprenants perdus simultanémentC'est la consigne qui est en cause, pas le groupe. Segmenter, illustrer, écrire.
Un participant se décrit comme « nul de la mémoire »Ramener : « Votre RAM est la même que la mienne, c'est un problème de gestion, pas de capacité. »
Groupe fatigué en fin de séanceSignes de saturation collective. Pas de nouveau contenu. Pause, récap, fin.
Un participant demande à prendre des notesDire oui. Autoriser. Voire encourager tout le groupe.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les demandes de répétition (« tu peux redire ? »)
  • Valoriser les externalisations spontanées (prise de notes, listes)
  • Valoriser les reformulations pour vérifier la tenue
  • Valoriser les pauses demandées

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin de supports visuels systématiques : toute info importante doit pouvoir être lue, pas seulement entendue. Double canalisation pour tous.
  • Besoin de segmentation des consignes : 1 étape à la fois, vérification avant la suivante. Jamais 3 consignes enchaînées.
  • Besoin de permanence des supports : les consignes doivent rester visibles pendant toute la tâche, pas juste annoncées puis retirées.
  • Besoin de droit à l'externalisation : pouvoir écrire, noter, poser un post-it sans qu'on considère que c'est « de la triche ».
  • Besoin d'espace épuré : environnement visuel calme. Un espace saturé encombre la mémoire de travail avant même la tâche.
  • Besoin de temps de traitement : ne pas enchaîner question-réponse trop vite. Laisser 10 secondes pour qu'une info s'intègre.
  • Besoin d'éviter la double tâche : prendre des notes pendant qu'on écoute = saturation. Préférer écouter puis noter, ou avoir un support pré-rédigé.

10Points de vigilance

  • La saturation de mémoire de travail ressemble à de l'inattention. Apprenant qui « n'écoute pas » peut avoir simplement saturé. Vérifier les conditions.
  • La capacité est physiologique. 4-5 éléments en moyenne, variable selon les personnes. Demander plus = échec assuré.
  • L'âge joue, mais pas comme on croit. Les enfants ont une capacité moindre, les seniors aussi, mais c'est surtout la compensation qui varie.
  • L'externalisation n'est pas une béquille. C'est une compétence professionnelle. Personne ne retient sa liste de courses, on l'écrit.
  • La double tâche est un piège. Écouter + écrire, écouter + lire, écouter + penser, toujours une des 2 souffre.
  • La fatigue saturant plus vite. La capacité baisse avec la fatigue, le stress, la faim. Tenir compte du contexte.
  • Le silence est un outil. Après une consigne complexe, laisser 5-10 sec de silence pour que l'info s'installe.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 6/12

Mémoire à long terme

Consolider durablement ce qui a été appris pour le réutiliser plus tard

« Apprendre, c'est ne pas recommencer. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 54-55

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La mémoire à long terme est la capacité à stocker durablement des connaissances, des procédures, des souvenirs, et à les récupérer quand c'est utile. Elle fonctionne par consolidation progressive, favorisée par la répétition espacée, la récupération active, le lien avec des connaissances existantes et le sens.

On distingue la mémoire déclarative (savoir que) et la mémoire procédurale (savoir faire), la mémoire épisodique (souvenirs vécus) et la mémoire sémantique (connaissances générales). Toutes partagent le besoin d'encodage profond, de consolidation dans le temps, et de réactivation régulière pour ne pas s'effacer. « Revoir » passivement n'est pas « consolider ».

« Un apprenant qui « n'a pas retenu » la semaine précédente n'est pas un apprenant qui n'a pas écouté. Il est un apprenant qui n'a pas eu l'occasion d'encoder profondément, de récupérer activement, de relier à ce qu'il sait déjà. L'oubli est la norme, la mémoire est une conquête. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 54-55

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas de la mauvaise volonté : oublier est le fonctionnement normal du cerveau
  • Ce n'est pas un trait fixe : tout le monde peut améliorer son encodage et sa récupération
  • Ce n'est pas la même chose que la compréhension : on peut comprendre sans retenir
  • Ce n'est pas la relecture passive : relire n'est pas apprendre
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, travailler la mémoire à long terme consiste à faire expérimenter les mécanismes d'encodage et de récupération, à construire des outils personnels d'ancrage (cartes, résumés, schémas), et à instaurer des rituels de réactivation dans le quotidien.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Oublie vite ce qui vient d'être vu la séance précédente
  • Ne fait pas de lien avec ce qu'il ou elle sait déjà
  • Relit sans que ça ne s'ancre
  • Panique à l'idée de ne plus se souvenir en examen ou en situation
  • Revient à la case départ à chaque nouvelle séance
  • Retient parfois des anecdotes et pas les contenus-cibles
  • Dit souvent « je ne m'en souviens plus »

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Ne se souvient pas de la comptine de la semaine dernière. Oublie les prénoms, les consignes du jour d'avant. Peut retenir certaines choses affectives.
B · Collège (11-15 ans)
Apprend la veille, oublie le lendemain du contrôle. Ne retient pas les règles de grammaire. Mémorise par cœur sans comprendre, puis oublie.
C · Adultes en formation
A du mal à retenir des procédures récentes. Oublie un code, une démarche, une règle administrative. Souffre d'un sentiment d'inefficacité cognitive.
D · Seniors / résidents
Confusion entre plusieurs événements récents. Oublis fréquents de rendez-vous. Demande plusieurs fois la même chose dans la journée.

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Le test surprise
Registre
Récupération active
Durée
10-12 minutes
Mécanique
L'animateur donne 5 minutes pour lire un petit texte ou regarder un support. Puis il retire. Il pose 3 questions : chacun répond à l'écrit. On compare, on identifie ce qui a été retenu, pourquoi, ce qui s'est envolé.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui est resté ? Qu'est-ce qui est parti ? Comment ça se fait, d'après vous ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Image avec 5 éléments → cacher → « qu'est-ce qu'il y avait ? »
B · Collège (11-15 ans)
Texte de 10 lignes à lire → cacher → 3 questions. Comparer avec un camarade.
C · Adultes en formation
Procédure de travail à lire → cacher → reformuler par écrit.
D · Seniors / résidents
Photo de famille à regarder → cacher → décrire, puis comparer.
Piste 2, Le pont entre hier et aujourd'hui
Registre
Reliage associatif
Durée
12-15 minutes
Mécanique
Chaque apprenant reçoit une liste de 5 notions nouvelles. Il doit, pour chacune, trouver un lien avec quelque chose qu'il connaît déjà (un souvenir, une image, un mot proche, une situation vécue). On compare les ponts trouvés.
Auto-observation
« « Est-ce que le mot vous semble plus ancré quand vous avez trouvé un pont ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
5 images nouvelles → pour chaque, raconter à quoi ça fait penser.
B · Collège (11-15 ans)
5 mots de vocabulaire d'une matière → lier chacun à une expérience personnelle.
C · Adultes en formation
5 concepts professionnels → relier chacun à un cas vécu.
D · Seniors / résidents
5 noms de lieux ou personnages → relier à un souvenir, une personne.
Piste 3, Le rappel à J+2
Registre
Répétition espacée expérimentale
Durée
15 minutes (+ rappel différé)
Mécanique
En séance, chacun apprend 5 choses (mots, règles, images). À la maison, entre deux séances : ne rien réviser. En début de séance suivante : tester la récupération. Puis apprendre 5 autres choses, avec cette fois un rappel quotidien très court. Comparer.
Auto-observation
« « Quelle différence avez-vous ressentie entre la liste 1 et la liste 2 ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
5 images, rappel en séance suivante, observation ludique.
B · Collège (11-15 ans)
5 règles, avec fiche à consulter 1 fois par jour 1 min.
C · Adultes en formation
5 notions pro, auto-test quotidien rapide, comparaison.
D · Seniors / résidents
5 éléments (prénoms, lieux), rappel matin et soir.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Les petits trésors »
Image-pivot : Une boîte à trésors dans ta tête, où on range les choses importantes.
  1. Dans ta tête, il y a une boîte à trésors.
  2. Quand tu entends ou vois quelque chose, ça peut aller dans la boîte, ou pas.
  3. Pour que ça entre dans la boîte, il faut la regarder, y penser, en parler.
  4. Plus tu la manipules, plus elle reste dans la boîte.
  5. On va apprendre ensemble à bien remplir notre boîte.

B · Collège (11-15 ans)

« Le disque dur »
Image-pivot : Ton cerveau a un disque dur : tout n'y est pas sauvegardé.
  1. Ton cerveau fonctionne comme un ordi avec un disque dur.
  2. Quand tu vois quelque chose, ça va d'abord en mémoire courte.
  3. Pour passer sur le disque dur, il faut sauvegarder : retrouver, manipuler, expliquer.
  4. Relire n'est pas sauvegarder. Réciter à voix haute, oui.
  5. On va apprendre à bien sauvegarder.

C · Adultes en formation

« L'encodage profond »
Image-pivot : Le sillon qu'un tampon laisse dans une pâte à modeler : plus on appuie, plus il reste.
  1. La mémoire fonctionne par encodage : plus l'encodage est profond, plus la trace dure.
  2. Relire passivement ne creuse pas le sillon : cela glisse.
  3. Se tester, reformuler, relier à ce qu'on sait : cela creuse le sillon.
  4. Oublier est la norme du cerveau. Mémoriser est le résultat d'un effort délibéré.
  5. Nous allons apprendre à construire des encodages profonds.

D · Seniors / résidents

« Les bouées d'ancrage »
Image-pivot : Accrocher un nouveau souvenir à un ancien, comme une bouée à un pieu solide.
  1. Un nouveau souvenir, tout seul, flotte et s'éloigne.
  2. Pour qu'il reste, il faut l'accrocher à quelque chose qui est déjà là : un ancien souvenir, une personne, un lieu connu.
  3. Plus il y a de ponts avec l'ancien, plus le nouveau reste.
  4. Ce n'est pas un problème de « mémoire qui baisse » : c'est qu'il faut faire plus de ponts.
  5. On va apprendre à faire des ponts.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Qu'est-ce que tu te rappelles de la semaine dernière ?
  • Comment tu fais quand tu veux te souvenir ?
  • Qu'est-ce qui t'aide à ne pas oublier (une chanson, un dessin, quelqu'un) ?

Supports : Dessin de ma boîte à trésors, pictos de stratégies.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Dans quelles matières tu retiens facilement ? Dans lesquelles tu oublies ?
  • Qu'est-ce que tu fais pour réviser ?
  • Qu'est-ce qui marche pour toi : relire, recopier, te tester, en parler ?

Supports : Grille 2 colonnes (retiens/oublie), quiz rapide, échelle 1-10.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Qu'est-ce que vous retenez le mieux : les procédures, les noms, les chiffres, les concepts ?
  • Sur quels sujets votre mémoire à long terme vous déçoit ?
  • Quelles stratégies d'ancrage avez-vous testées, avec quel résultat ?

Supports : Auto-diagnostic par type de contenu, inventaire de stratégies, journal d'oubli.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Qu'est-ce que vous retenez facilement aujourd'hui ? Qu'est-ce qui s'efface vite ?
  • Qu'est-ce qui vous aide : écrire, répéter, raconter à quelqu'un ?
  • Comment compensez-vous : carnet, téléphone, proches ?

Supports : Partage oral, carnet de stratégies, tour de table.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : La fiche-trace d'ancrage en 3 zones : contenu à retenir (simplifié) / mes ponts avec ce que je sais déjà / mon plan de rappel (quand je me teste, à quelle fréquence).

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Boîte à trésors : petite boîte physique ou pochette où l'enfant glisse une carte-image avec le « trésor » de la semaine. Ouverture ritualisée chaque séance.
B · Collège (11-15 ans)
Fiche-flash : A6 recto-verso, question au recto, réponse au verso. Révision rapide. Paquet par matière.
C · Adultes en formation
Carnet d'ancrages : Notion, Obsidian, ou papier. Une page par notion, avec définition perso, exemple vécu, reformulation.
D · Seniors / résidents
Carnet de vie : cahier papier avec rendez-vous, noms, dates importantes, toujours à portée. Consulté quotidiennement.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Entre les deux séances, regarde ton trésor une fois par jour. »
S2→S3 : « Raconte ton trésor à quelqu'un. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Crée 5 fiches-flash pour un chapitre. Teste-toi 3 minutes chaque jour. »
S2→S3 : « Enseigne le chapitre à un camarade. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Créez 1 page de carnet d'ancrages pour une notion de la semaine. »
S2→S3 : « Relisez et reformulez la page une fois, sans la regarder. »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Notez chaque jour dans votre carnet 1 chose nouvelle à retenir. »
S2→S3 : « Relisez vos notes de la semaine dimanche soir. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Droit d'oublier : c'est normal, pas une faute
  • Pas de jugement sur la vitesse de mémorisation
  • Le test n'est pas une évaluation, c'est un outil d'ancrage
  • Répéter est utile, recopier passivement ne l'est pas
  • L'ancrage personnel compte plus que la forme « officielle »

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant dit « j'ai la tête comme une passoire »Reconnaître l'expérience sans la contredire. Proposer un tout petit test qui va fonctionner (3 items) pour restaurer la confiance.
Un apprenant refuse de se testerNe pas forcer. Proposer une alternative : raconter à un voisin, dessiner, mimer. L'important est la récupération active, pas la forme.
Plusieurs apprenants oublient la consigne en cours de routeSignaler : « c'est une expérience de surcharge ». Réduire le nombre d'items. Reprendre.
Un apprenant performe très bienValoriser discrètement, pas publiquement, pour ne pas créer de hiérarchie.
Le groupe est découragé par l'oubliNormaliser : « oublier est la règle, se rappeler est une conquête ». Rassurer par la neurophysiologie, pas par du positivisme creux.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les tentatives de rappel, même partielles
  • Valoriser les ponts créés avec ce qu'on sait déjà
  • Valoriser les rituels de réactivation tenus
  • Ne JAMAIS valoriser la quantité retenue, mais la stratégie utilisée

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin de récupération active : on retient ce qu'on va chercher, pas ce qu'on relit. Remplacer la relecture par l'auto-test.
  • Besoin de répétition espacée : un rappel aujourd'hui, un dans 2 jours, un dans 5, un dans 10. L'espacement ancre mieux que la répétition massée.
  • Besoin de lien avec le déjà-su : relier la nouvelle information à ce qu'on sait, à ce qu'on a vécu. Le pont crée l'ancrage.
  • Besoin de sens : ce qu'on ne comprend pas, on le retient mal et on l'oublie vite. La compréhension précède la mémorisation durable.
  • Besoin d'émotion positive : une situation plaisante ou marquante s'encode mieux. Mémoriser dans l'ennui est inefficace.
  • Besoin d'outils externes pour soulager : écrire, cartographier, dessiner allège la charge de mémorisation. Pas de honte à externaliser.
  • Besoin de reformulation personnelle : redire avec ses mots, c'est encoder. Recopier littéralement, c'est survoler.

10Points de vigilance

  • Ne pas confondre oubli et inintelligence. Tout le monde oublie. L'oubli est le fonctionnement normal du cerveau. Blâmer l'oubli n'aide jamais.
  • La relecture passive est un piège. C'est l'activité d'apprentissage la plus utilisée et la moins efficace. Remplacer autant que possible par de la récupération active.
  • Le bachotage ne construit rien. Apprendre la veille consolide pour 24h, puis s'efface. La répétition espacée est la seule voie de la mémoire durable.
  • La mémoire est émotionnelle. Ce qui est vécu avec plaisir, peur, fierté s'encode fortement. Un apprentissage « neutre » s'oublie. Utiliser le récit, l'expérience, le corps.
  • Attention au « par cœur ». Mémoriser sans comprendre produit un savoir fragile et inutilisable. La compréhension précède toujours la mémorisation utile.
  • Les outils externes ne sont pas de la triche. Carnet, téléphone, liste : externaliser libère la mémoire interne pour autre chose. C'est une stratégie, pas un handicap.
  • Piège de la comparaison. Certains apprenants retiennent vite, d'autres lentement. La vitesse n'est pas la qualité de la mémoire. La profondeur compte plus.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 7/12

Charge cognitive

Gérer la quantité de ressources mentales mobilisées pour apprendre

« Trop de valises dans les mains, je n'avance plus. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 28-29

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La charge cognitive correspond à la quantité de ressources mentales mobilisées par un apprenant pour traiter une information, comprendre une consigne, résoudre un problème ou réaliser une tâche. Cette capacité est limitée : lorsque la charge dépasse ce que l'apprenant peut supporter à un moment donné, l'apprentissage devient difficile, voire impossible.

On distingue trois formes de charges : la charge intrinsèque, liée à la complexité de la tâche elle-même et au niveau de connaissances de l'apprenant ; la charge extrinsèque, qui dépend de la manière dont l'information est présentée (supports, consignes, environnement) ; la charge essentielle, qui correspond à la part de charge réellement utile à l'apprentissage.

« Lorsque la charge cognitive est trop élevée, l'apprenant n'est plus en mesure de traiter efficacement l'information. Il peut alors sembler inattentif, lent, opposant ou en échec, alors qu'il est simplement en surcharge. Dans cet état, augmenter les exigences, répéter la consigne ou accélérer le rythme est inefficace : les ressources nécessaires ne sont plus disponibles. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 28-29

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas un manque de volonté, en surcharge, on ne peut pas faire plus, même si on le veut
  • Ce n'est pas un manque d'intelligence, la surcharge masque souvent des compétences réelles
  • Ce n'est pas un trait fixe, elle est modulable par des ajustements pédagogiques
  • Ce n'est pas de la paresse ni de l'opposition, les signes ressemblent parfois à de la résistance
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, travailler la charge cognitive consiste à la fois à aider l'apprenant à prendre conscience de ses limites et à reconnaître les signes de surcharge, et à agir sur l'environnement et les modalités pédagogiques pour alléger la charge inutile.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Oublie des informations pourtant comprises quelques instants auparavant
  • Ralentit fortement, se fige ou au contraire s'agite de manière désordonnée
  • Ne parvient plus à suivre une consigne simple lorsque plusieurs informations sont présentées simultanément
  • Les erreurs augmentent soudainement, sans lien avec le niveau de compétence habituel
  • Manifeste de la fatigue, de l'irritabilité, du découragement ou un retrait progressif
  • Demande de répéter, reformuler ou vérifier constamment, sans amélioration
  • Abandonne rapidement ou adopte des stratégies d'évitement

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Pleurs, arrêts brusques, refus, opposition au matériel. Bouge ou s'immobilise totalement. Peut dire « je suis fatigué » après 5 minutes.
B · Collège (11-15 ans)
Dit « j'ai pas compris » alors qu'il a écouté. Ferme son cahier, pose sa tête sur la table. Devient irritable ou impertinent. S'échappe mentalement (téléphone, rêverie).
C · Adultes en formation
Relit 3 fois la même ligne. Ouvre 10 onglets et ne traite aucun. Se juge sévèrement (« je suis complètement bête »). Retarde la tâche et fait autre chose.
D · Seniors / résidents
Dit « c'est trop, ralentissez ». Confond les consignes entre elles. Fatigue rapide quand plusieurs stimuli se superposent (bruit de fond + écran + conversation).

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, La tâche à trop d'ingrédients
Registre
Mise en situation cognitive
Durée
10-12 minutes
Mécanique
Les apprenants reçoivent une consigne simple au départ. L'animateur rajoute progressivement des contraintes supplémentaires (« en même temps, comptez à voix haute », « pensez à lever la main si vous entendez X »). On s'arrête quand le groupe craque. On débriefe : à quel moment précisément chacun a lâché ?
Auto-observation
« « Tu as senti à quel moment ta tête a dit stop ? Qu'est-ce qui a basculé ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Empiler les consignes : « Range les cubes bleus / puis les rouges / en chantant une chanson / pendant que je tape dans les mains ». Jusqu'au craquage.
B · Collège (11-15 ans)
Multitâche volontaire : lire un texte, souligner les verbes, compter les phrases, écouter une annonce de l'animateur. Noter à quel moment on décroche.
C · Adultes en formation
Gestion simultanée : planifier une semaine type sur papier, pendant qu'on reçoit des « urgences » simulées toutes les 90 sec. Noter ce qui tombe en premier.
D · Seniors / résidents
Liste de courses mentale : mémoriser 5 produits, puis 7, puis 10, puis 12. Observer le moment où « ça craque ».
Piste 2, Le même contenu, deux supports
Registre
Analyse comparative
Durée
12-15 minutes
Mécanique
L'animateur présente la même information sur deux supports : un surchargé (texte dense, couleurs variées, schéma compliqué) et un épuré (hiérarchie claire, peu de mots, espace blanc). Les apprenants traitent les deux et comparent.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui a changé entre les deux supports ? Où s'est portée votre énergie ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Deux feuilles-images : une très chargée (15 objets), une claire (4 objets). « Lequel te parle plus ? »
B · Collège (11-15 ans)
Deux versions d'une consigne de math : l'une dans un énoncé littéraire dense, l'autre schématisée avec icônes.
C · Adultes en formation
Deux mises en page d'une même note de synthèse : une version Word classique, une version épurée avec titres en couleur et marges.
D · Seniors / résidents
Deux pages de documentation administrative : une classique dense, une FALC (Facile à Lire et Comprendre).
Piste 3, Mon budget d'énergie de la journée
Registre
Scénario / introspection
Durée
15 minutes
Mécanique
Chacun reçoit « 10 pièces d'énergie » en jetons (ou dessine 10 cercles). Il les répartit sur sa journée d'hier en fonction de ce que chaque moment a « coûté » cognitivement. On compare les répartitions et on identifie les activités chères.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui vous a coûté le plus ? Qu'est-ce que vous saviez ? Qu'est-ce qui vous surprend ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Jetons colorés à poser sur des pictos de la journée (lever, repas, école, goûter, coucher).
B · Collège (11-15 ans)
Jetons sur un planning de journée type (cours, récrés, devoirs, écran, sommeil).
C · Adultes en formation
Répartition fine sur une journée professionnelle/formation, en distinguant réunions, tâches seul, interactions.
D · Seniors / résidents
Répartition sur une journée à la résidence : repas, activités, sieste, appels téléphoniques, visites.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Le sac à dos trop lourd »
Image-pivot : Un petit sac à dos sur tes épaules, dans lequel on met plein de cailloux.
  1. Dans ta tête, tu as un petit sac à dos pour porter tes idées.
  2. Si on te donne une consigne : 1 caillou. Deux consignes : 2 cailloux. Plus on en met, plus c'est lourd.
  3. Quand c'est trop lourd, tu tombes, tu craques, tu oublies. C'est normal.
  4. Ce n'est pas de ta faute : ton sac a juste besoin d'être allégé.
  5. On va apprendre ensemble à reconnaître quand il est trop plein.

B · Collège (11-15 ans)

« La barre de chargement »
Image-pivot : Ton cerveau comme un ordi : quand la barre est pleine, ça rame.
  1. Ton cerveau marche comme un ordi : il a une barre de chargement qui se remplit.
  2. Chaque consigne, chaque distracteur, chaque pensée en arrière-plan, ça remplit la barre.
  3. Quand la barre est pleine, tu freezes, même si la tâche est simple.
  4. Le problème n'est pas toi, c'est que trop de trucs tournent en même temps.
  5. On va apprendre à fermer des applis dans ta tête.

C · Adultes en formation

« Le budget cognitif »
Image-pivot : Une batterie qui se vide selon ce que vous consommez.
  1. Votre cerveau a un budget cognitif journalier, limité, comme un budget financier.
  2. Chaque décision, chaque consigne, chaque distracteur puise dedans.
  3. En fin de journée, le solde est bas : c'est le moment où les tâches complexes deviennent impossibles.
  4. Votre difficulté n'est pas un problème d'intelligence, c'est un problème de gestion de ressources.
  5. On va travailler à préserver votre budget sur les choses qui comptent vraiment.

D · Seniors / résidents

« Le plateau trop chargé »
Image-pivot : Un plateau où on pose beaucoup de plats : à un moment, il déborde.
  1. Votre esprit fonctionne comme un plateau : il peut porter plusieurs choses, mais pas trop.
  2. Avec l'âge, le plateau est le même, parfois un peu plus fragile, mais surtout on le remplit trop vite.
  3. Le bruit, la hâte, les consignes multiples font déborder le plateau.
  4. Ce n'est pas une défaillance : c'est que l'environnement a cessé d'être adapté.
  5. On va apprendre à repérer quand le plateau se remplit, et à l'alléger.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Quand ton sac est trop lourd à l'école ?
  • Qu'est-ce qui rend ton sac lourd : les consignes ? le bruit ? la vitesse ?
  • Quand tu le sens lourd, tu fais quoi ?

Supports : Météo à 3 niveaux, dessin libre, pictos de la journée.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Dans quelle matière ta barre se remplit le plus vite ?
  • Qu'est-ce qui rentre sur ta barre sans que tu le choisisses ?
  • Comment tu reconnais que tu es en surcharge ? Qu'est-ce qui change en toi ?

Supports : Tableau personnel à 2 colonnes (ce qui rentre / ce qui me vide), échelle 1-10, post-its anonymes.

C · Adultes en formation
Questions :
  • À quel moment de la journée votre budget est-il déjà dépassé ?
  • Quelles tâches coûtent disproportionnellement cher pour vous ?
  • Qu'est-ce que vous avez éliminé de votre vie parce que ça coûtait trop ?

Supports : Courbe d'énergie sur 24h, matrice coût/valeur des tâches, journal de fin de journée.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Dans quelles situations votre plateau déborde ? Un supermarché ? Une conversation à plusieurs ?
  • Qu'est-ce qui allège votre plateau naturellement (calme, lecture, une seule chose à la fois) ?
  • Avez-vous remarqué des moments où tout va bien, et d'autres où tout semble trop ?

Supports : Tour de parole avec objet, grille simple à 3 colonnes (ça allège / ça alourdit / ça dépend).

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le tableau personnel de repérage de surcharge en 3 zones : mes signaux de surcharge (comment je me sens quand ça bascule) / ce qui remplit mon plateau (déclencheurs externes et internes) / mes gestes d'allégement (ce que je peux faire pour redescendre).

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Carte-baromètre : carte plastifiée avec un curseur que l'enfant déplace (vert / orange / rouge). Petit dos avec 3 gestes-détente à faire quand c'est rouge.
B · Collège (11-15 ans)
Check-in personnel : format A5, 3 niveaux (vert/orange/rouge) avec mes signaux associés, mes déclencheurs connus, mes gestes d'allégement. À relire matin + fin de journée.
C · Adultes en formation
Tableau de gestion du budget cognitif : page A4 ou Notion, cartographie des activités par coût cognitif + plan d'allègement (supprimer, déléguer, différer, simplifier).
D · Seniors / résidents
Aide-mémoire « Mon plateau » : carnet papier avec signaux-repères (grosse police), déclencheurs identifiés, petits gestes qui allègent. Reste à portée sur la table.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, repère 1 fois à l'école où ton sac devient lourd. Dis-le à ta maîtresse avec ton mot-code. »
S2→S3 : « Essaie 1 geste d'allégement (respirer, boire, regarder par la fenêtre) cette semaine. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Repère 3 moments de surcharge cette semaine. Note en 1 phrase ce qui l'a déclenchée. »
S2→S3 : « Teste 1 stratégie d'allègement avant tes devoirs cette semaine. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Identifiez les 3 activités les plus coûteuses de votre semaine. Voyez si vous pouvez en supprimer, déléguer ou simplifier une. »
S2→S3 : « Planifiez 1 jour allégé cette semaine. Observez ce qui change. »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Notez 2 moments où votre plateau a débordé. Qu'est-ce qui a joué ? »
S2→S3 : « Essayez 1 fois cette semaine de faire une chose à la fois, sur 30 min. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Droit de dire « c'est trop » sans se justifier
  • Droit de prendre une pause sans demander
  • Pas de double tâche pendant l'atelier (pas de prise de notes + écoute en simultané)
  • Un seul support visuel à la fois
  • Vocabulaire simple, phrases courtes

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un participant manifeste une surcharge pendant l'atelierReconnaître publiquement, proposer une pause pour tout le groupe. Utiliser l'événement comme matière pour le Temps 3.
Une consigne est mal comprise par plusieursNe pas répéter plus fort. Simplifier, segmenter, reformuler. Accepter que la consigne n'était pas assez claire.
Un apprenant se juge (« je suis bête »)Renvoyer au concept de surcharge : « Ce n'est pas votre intelligence, c'est la quantité. » Sans argumenter, sans rassurer artificiellement.
Le groupe s'agite collectivementC'est souvent un signe de surcharge collective. Arrêter, pause corporelle, vérifier les consignes données.
Un participant demande à sortirAccepter sans négocier. Noter l'heure, la consigne à ce moment, comme donnée d'observation.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les demandes d'allègement (« je ne suis pas sûr, tu peux répéter ? »)
  • Valoriser les prises de conscience (« là je suis en train de saturer »)
  • Valoriser les stratégies essayées, même imparfaites
  • Ne JAMAIS valoriser la persévérance en surcharge, c'est contre-productif

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin d'épure visuelle : supports simples, un seul élément visuel à la fois, beaucoup d'espace blanc. Certains apprenants saturent face à un support riche en couleurs, images, flèches, qu'ils soient jeunes, anciens, fatigués ou juste neuro-divergents.
  • Besoin de consignes segmentées : une seule consigne à la fois, vérification de compréhension avant d'ajouter la suivante. Valable pour TOUS, c'est l'animateur qui a l'habitude de cumuler.
  • Besoin de temps-pause intégrés : pas des pauses de rattrapage, mais des respirations prévues dès le déroulé. Le groupe entier en bénéficie, pas seulement les « fragiles ».
  • Besoin de permission explicite de dire « stop » : le droit de demander une pause, de dire « c'est trop », d'abandonner une tâche sans justification doit être posé en ouverture et RAPPELÉ pendant.
  • Besoin de supports écrits-oraux simultanés : certains captent mal l'oral, certains mal l'écrit. La double présentation de l'information (dite + écrite) allège la charge pour tous.
  • Besoin d'un rythme négocié : ce n'est pas l'animateur qui impose le rythme, c'est le groupe qui le co-construit. Un rythme imposé est un générateur de surcharge.
  • Besoin d'environnement préparé : salle rangée, bruits contrôlés, luminosité adaptée. L'environnement représente 30 à 40 % de la charge extrinsèque, souvent invisible.

10Points de vigilance

  • Ne pas confondre surcharge et paresse. Un apprenant qui « décroche », qui « abandonne », qui « refuse de faire » est souvent en surcharge, pas en opposition. Vérifier AVANT d'interpréter.
  • La surcharge est contextuelle, pas un trait. Le même apprenant qui sature en groupe peut être très performant seul. Ce n'est pas un « problème en lui », c'est une question de contexte.
  • Le rythme imposé est un piège. Quand un animateur pense bien faire en « maintenant le tempo », il augmente souvent la charge extrinsèque. Le ralentissement n'est pas un abandon, c'est une adaptation.
  • La répétition n'allège pas. Répéter une consigne 3 fois plus fort est inutile : la surcharge vient d'ailleurs que du volume sonore. Reformuler, segmenter, simplifier.
  • Attention aux apprenants trop performants. Certains compensent la surcharge par un sur-effort invisible. Ils « tiennent », mais s'épuisent. Les repérer et leur donner aussi le droit à l'allègement.
  • Piège de la séance trop dense. Vouloir tout dire en 1h30 est le premier générateur de surcharge. Mieux vaut couvrir moins, en profondeur, que tout survoler.
  • La surcharge est cumulative. Un apprenant qui arrive fatigué, anxieux, ou avec une vie personnelle difficile a déjà une charge de fond élevée. L'atelier doit alléger, pas ajouter.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 8/12

Compréhension

Traiter l'information, en saisir le sens, l'intégrer à ce qu'on sait

« Comprendre, ce n'est pas recevoir une information… c'est lui donner du sens. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 42-43

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La compréhension désigne la capacité d'un apprenant à traiter une information, à en saisir le sens et à l'intégrer à ce qu'il sait déjà. Elle ne se limite pas à entendre, lire ou répéter une consigne : comprendre implique une activité mentale active, au cours de laquelle l'apprenant sélectionne les informations pertinentes, établit des liens, anticipe et vérifie le sens de ce qu'il reçoit.

Comprendre suppose de mobiliser des connaissances antérieures, de se représenter mentalement la situation, d'identifier l'objectif de la tâche et de construire une cohérence entre les éléments présentés. Un apprenant peut ainsi restituer une consigne ou un contenu sans réellement le comprendre, ou au contraire comprendre finement sans être en mesure de l'exprimer immédiatement.

« Les difficultés de compréhension ne relèvent pas uniquement d'un manque de capacités, mais peuvent être liées à une charge cognitive excessive, à des implicites non levés, à un vocabulaire inaccessible ou à une absence de sens perçu. Lorsque la compréhension fait défaut, l'apprenant peut s'engager dans la tâche de manière mécanique, reproduire des procédures sans discernement ou se retrouver en échec malgré des efforts importants. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 42-43

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas la restitution, on peut répéter sans comprendre
  • Ce n'est pas l'exécution réussie, on peut réussir par imitation sans saisir le sens
  • Ce n'est pas un trait stable, un apprenant peut comprendre finement en français et pas du tout en maths
  • Ce n'est pas un moment unique, la compréhension se construit, se vérifie, se revisite
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, soutenir la compréhension consiste à rendre explicites les attendus, à aider l'apprenant à se représenter mentalement ce qui est attendu et à vérifier activement le sens qu'il attribue à l'information.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Exécute sans pouvoir expliquer ce qu'il fait
  • Réussit par imitation mais échoue dès que la tâche change
  • Ne perçoit pas l'objectif de la tâche
  • Confond des notions proches ou mélange les consignes
  • Se décourage malgré des efforts répétés
  • Réussit des tâches mécaniques mais ne transfère pas en tâche complexe

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Exécute par imitation du voisin. Répond à côté de la question. Dit « oui j'ai compris » puis fait autre chose. Confond des consignes très proches.
B · Collège (11-15 ans)
Répète la consigne mot pour mot sans l'appliquer. Réussit la mécanique mais échoue à la question « à quoi ça sert ? ». Confond notions similaires (aire/périmètre, sujet/COD).
C · Adultes en formation
Surligne 80% d'un texte sans hiérarchie. Peut restituer un concept sans pouvoir le mobiliser. Reste bloqué dès que l'énoncé diffère un peu de l'exemple vu.
D · Seniors / résidents
Hoche la tête pendant l'explication puis pose une question qui montre l'incompréhension. Rejoue mécaniquement une stratégie sur un nouveau cas.

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Faire raconter à quelqu'un d'autre
Registre
Reformulation sociale
Durée
12-15 minutes
Mécanique
Un apprenant lit ou écoute une consigne simple. Il doit ensuite l'expliquer à un partenaire qui ne l'a pas entendue. Le partenaire exécute SEULEMENT à partir de l'explication reçue. On compare le résultat à la consigne initiale. Très révélateur des zones floues.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui est passé ? Qu'est-ce qui s'est perdu ? Qu'est-ce que tu as ajouté à toi ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Une consigne simple en 2 étapes à transmettre à un camarade qui n'a pas entendu. Observer si l'ordre est respecté.
B · Collège (11-15 ans)
Une règle de jeu à expliquer à un binôme. Le binôme joue selon la règle reçue. On compare avec la règle initiale.
C · Adultes en formation
Un article court à résumer en 3 phrases à un collègue qui ne l'a pas lu. Le collègue doit pouvoir en parler ensuite.
D · Seniors / résidents
Une recette ou une procédure (comment utiliser une appli, comment prendre son traitement) à transmettre à un voisin.
Piste 2, Le même message, dit deux fois différemment
Registre
Analyse multimodale
Durée
10-12 minutes
Mécanique
L'animateur présente une même idée / consigne / concept de 2 façons différentes : une version abstraite-verbale, une version concrète-imagée. Les apprenants choisissent celle qui leur « parle » le plus et expliquent pourquoi.
Auto-observation
« « Laquelle vous a fait comprendre ? Qu'est-ce qui a fait la différence pour VOUS ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Il faut partager » / Montrer 2 enfants qui mangent 1 biscuit à tour de rôle. Quelle version a rendu ça clair ?
B · Collège (11-15 ans)
Expliquer la démocratie de 2 façons : version institutionnelle vs « c'est comme quand on vote en classe pour le délégué ».
C · Adultes en formation
Expliquer un concept métier de 2 façons : version manuel vs version scénario vécu. Laquelle accroche ?
D · Seniors / résidents
Expliquer une procédure administrative via le texte officiel vs via l'anecdote d'une voisine qui l'a faite.
Piste 3, Le « pourquoi » derrière le « quoi »
Registre
Interrogation méta
Durée
15 minutes
Mécanique
Les apprenants reçoivent une consigne simple à appliquer. AVANT de l'appliquer, ils doivent répondre à : « À ton avis, à quoi sert cette consigne ? Qu'est-ce qu'on essaie de voir ? » On compare les interprétations. Révélateur des écarts entre exécution et sens.
Auto-observation
« « Tu as vu qu'on peut appliquer une consigne sans savoir à quoi elle sert ? Est-ce que ça t'arrive à l'école ? au travail ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Dessine un rond dans le carré. » Avant de dessiner : « À ton avis, pourquoi la maîtresse demanderait ça ? »
B · Collège (11-15 ans)
« Souligne les verbes dans ce texte. » Avant : « À ton avis, qu'est-ce qu'on cherche à voir ? »
C · Adultes en formation
« Remplissez ce tableau de bord. » Avant : « Quel est le vrai objectif ? Qui va l'utiliser ? »
D · Seniors / résidents
« Prenez 3 semaines de rendez-vous médicaux à l'avance. » Avant : « Pourquoi c'est devenu important ? »

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Les petites graines de sens »
Image-pivot : Tu plantes les mots comme des graines, et dans ta tête ils poussent en images.
  1. Quand tu entends un mot, il rentre dans ta tête comme une petite graine.
  2. Si tu connais déjà la graine, elle pousse et devient une image claire.
  3. Si tu ne la connais pas, elle reste une graine, et tu n'as rien dans la tête.
  4. Parfois, tu répètes le mot sans que la graine ait poussé, c'est comme parler sans voir.
  5. On va apprendre à vérifier ensemble que tes graines poussent bien.

B · Collège (11-15 ans)

« Le film dans ma tête »
Image-pivot : Quand tu comprends vraiment, un petit film se lance automatiquement.
  1. Comprendre, c'est pouvoir se faire un film de ce qu'on te dit.
  2. Si tu lis « le chat est sur le tapis » et que tu vois l'image : tu as compris.
  3. Si tu lis « l'adénosine triphosphate est un nucléotide » et qu'il n'y a rien : tu n'as pas compris, tu as juste entendu.
  4. Le problème, ce n'est pas ton intelligence, c'est que le film n'a pas de support pour se faire.
  5. On va apprendre à repérer quand ton film ne se lance pas, et quoi faire.

C · Adultes en formation

« Le maillage mental »
Image-pivot : Les nouvelles infos doivent s'accrocher à un maillage existant.
  1. Comprendre, ce n'est pas stocker des infos côte à côte, c'est les tricoter à ce que vous savez déjà.
  2. Chaque nouveau concept a besoin d'un crochet dans votre mémoire existante pour s'accrocher.
  3. Sans crochet, l'info flotte, elle ne s'ancre pas, et elle se perd en quelques heures.
  4. Ce qui fait la différence entre « j'ai lu » et « j'ai compris », c'est la densité de vos accroches.
  5. On va travailler à construire volontairement ces accroches pour les contenus difficiles.

D · Seniors / résidents

« Les ponts vers ce que je connais »
Image-pivot : Chaque nouvelle info a besoin d'un pont vers une info ancienne.
  1. Comprendre quelque chose de nouveau, c'est lui construire un pont vers quelque chose qu'on connaît déjà.
  2. Votre vie vous a donné beaucoup de rives, des métiers, des lieux, des personnes, des savoirs.
  3. Quand le pont se fait : « ah oui, c'est comme quand... », vous avez compris.
  4. Quand il ne se fait pas, l'info reste sur l'autre rive, inutile.
  5. On va apprendre à construire ces ponts, à votre rythme.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Quand tu ne comprends pas, tu fais quoi ?
  • Est-ce que ça t'arrive de faire comme si tu avais compris ?
  • Quelles consignes à l'école sont difficiles pour toi ?

Supports : Dessin de visage (content / perdu), pictos, tour de parole avec objet.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Dans quelles matières ton film se lance bien ? Dans lesquelles il ne démarre pas ?
  • Quand tu dis « j'ai compris » pour que le prof lâche, qu'est-ce que ça veut dire pour toi ?
  • Qu'est-ce qui t'aide à vraiment comprendre ?

Supports : Grille matières x 3 niveaux, post-it anonymes, questionnaire écrit confidentiel.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Identifiez 1 concept que vous avez « appris » récemment sans comprendre. Qu'est-ce qui manquait ?
  • Sur quelles notions vos accroches sont solides ? Faibles ?
  • Qu'est-ce que vous faites quand vous ne comprenez pas dans un contexte pro ?

Supports : Cartographie des accroches (domaines solides / à renforcer), échange en binôme.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Sur quels sujets les ponts se construisent facilement pour vous ?
  • Qu'est-ce qui vous a aidé, autrefois, à comprendre quelque chose de difficile ?
  • Quand une info glisse sans se fixer, qu'est-ce qui vous manque ?

Supports : Tour de parole, dessin de ponts (ce que je connais / ce que je découvre), partage d'anecdotes.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le carnet des ponts : pour chaque nouveau contenu difficile, 3 colonnes : ce que j'ai entendu/lu, à quoi ça me fait penser que je connais, une question qui reste floue. À remplir pendant et après l'apprentissage.

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Carte-image avec pictos : recto un mot à comprendre / verso un dessin que l'enfant fait pour représenter le mot. Collection personnelle dans une petite boîte.
B · Collège (11-15 ans)
Carnet pont : cahier divisé en 2 colonnes par double-page : « Ce que j'apprends » / « À quoi ça ressemble que je connais déjà ». À remplir en fin de chaque journée d'apprentissage.
C · Adultes en formation
Fiche-concept en 4 cases : pour chaque notion nouvelle, définition en 1 phrase / exemple concret / contre-exemple / lien avec ce que je sais. Format A5 collectable.
D · Seniors / résidents
Carnet mémoire vive : carnet papier gros caractères, 1 double-page par sujet nouveau. Section 1 : ce qu'on m'a dit. Section 2 : comment je le raconterais à mes petits-enfants.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, chaque fois que tu ne comprends pas à l'école, dis-le une fois à ta maîtresse. »
S2→S3 : « Choisis un mot nouveau cette semaine, fais-en une carte-image à partager. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « 3 fois cette semaine, arrête-toi si ton film ne se lance pas. Note ce qui manque. »
S2→S3 : « Sur 1 notion en cours, fais ta fiche-concept en 4 cases. Ramène-la. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Sur 2 contenus professionnels cette semaine, construisez explicitement un pont vers votre expérience passée. »
S2→S3 : « Identifiez 1 concept que vous exécutez sans comprendre. Allez chercher son sens réel. »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Trouvez 1 situation cette semaine où vous avez compris quelque chose de nouveau. Qu'est-ce qui a fait pont ? »
S2→S3 : « Sur 1 sujet difficile, trouvez 1 personne à qui le raconter. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Droit de dire « je n'ai pas compris », sans jugement, sans auto-jugement
  • On ne fait JAMAIS semblant d'avoir compris, c'est une règle absolue
  • Les reformulations sont les bienvenues, même multiples
  • Pas de questions fermées (« tu as compris ? ») : préférer « raconte-moi »
  • L'implicite est l'ennemi, tout ce qui est sous-entendu doit pouvoir être explicité

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant dit « j'ai compris » visiblement sans avoir comprisNe pas insister en frontal. Proposer de reformuler : « Tu peux me raconter avec tes mots ? » Sans jugement sur l'écart.
Plusieurs apprenants sont perdus en même tempsS'arrêter. C'est la CONSIGNE qui pose problème, pas les apprenants. Reformuler, segmenter, illustrer.
Un apprenant se disqualifie (« je suis bête »)Ramener au concept de « crochets » : « Ce n'est pas l'intelligence, c'est qu'il manque peut-être un crochet dans votre mémoire. »
Silence généralisé après une explicationLe silence peut être incompréhension déguisée en respect. Proposer une reformulation en binôme, pas en public.
Une consigne passe très malReconnaître : « Cette consigne est mal posée. On recommence autrement. » L'animateur accepte sa part.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les questions de clarification (« attends, tu peux redire ? »)
  • Valoriser les reformulations personnelles (même imparfaites)
  • Valoriser les analogies proposées par les apprenants (« c'est un peu comme... »)
  • Valoriser les partages de flous (« là je n'ai pas suivi »)

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin d'explicitation des attendus : certains apprenants n'ont jamais reçu d'objectifs clairs, seulement des consignes. Ils doivent pouvoir savoir à quoi ça sert, où ça mène, comment on saura qu'on a réussi.
  • Besoin d'ancrage concret : avant tout concept abstrait, un exemple concret issu de leur vie quotidienne. Tous âges confondus.
  • Besoin de vérification douce : pas le « tu as compris ? » qui appelle un « oui » réflexe. Mais la proposition régulière de reformuler, raconter, appliquer à un cas nouveau.
  • Besoin de multimodalité : dit + écrit + illustré + manipulé. Certains crochets se font par un canal sensoriel plutôt qu'un autre.
  • Besoin de temps pour intégrer : comprendre n'est pas instantané. Certains ont besoin de « dormir dessus », de revenir dessus plusieurs fois. Intégrer cette latence dans le déroulé.
  • Besoin de permission de ne pas comprendre tout de suite : beaucoup de apprenants portent la honte du « je n'ai pas compris ». Poser que l'incompréhension est une donnée, pas un défaut.
  • Besoin de supports en FALC pour les publics fragilisés : phrases courtes, vocabulaire usuel, une idée par phrase, illustrations.

10Points de vigilance

  • La restitution n'est pas la compréhension. Un apprenant qui répète parfaitement peut n'avoir rien compris. Un apprenant qui hésite, qui cherche ses mots, qui paraphrase maladroitement peut avoir parfaitement compris.
  • Le « oui j'ai compris » réflexe. Surtout en groupe, les apprenants disent « oui » pour que ça avance. Ne jamais se contenter de cette réponse.
  • La compréhension est cumulative. Une incompréhension non résolue en début d'atelier empêche toutes les suivantes. Ne pas laisser filer, revenir, clarifier, puis avancer.
  • Les implicites sont piégés. Ce qui est évident pour l'animateur (vocabulaire, références, codes sociaux) ne l'est souvent pas pour tout le monde. Expliciter.
  • L'illusion de la compréhension globale. Un groupe peut donner l'impression générale de suivre, alors que 30% est perdu. Vérifier par échantillonnage via reformulations individuelles.
  • Attention à l'humiliation involontaire. Pointer publiquement qu'un apprenant n'a pas compris est dévastateur. Préférer les vérifications en binôme, en écrit, en discret.
  • La compréhension est énergie-dépendante. Un apprenant fatigué, stressé, en surcharge ne comprend pas comme d'habitude. Ce n'est pas un manque de capacité.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 9/12

Engagement

Faire le premier pas quand la tâche devient abordable

« Je fais un premier pas quand la tâche devient abordable. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 66-67

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

L'engagement désigne la disposition active d'un apprenant à entrer dans une tâche, à y investir son énergie et à y maintenir son implication. Il ne se limite pas à accepter une activité : il suppose une mobilisation personnelle, un sens perçu et une possibilité d'action concrète.

S'engager, c'est franchir le seuil entre l'intention et l'action. Cela nécessite que la tâche paraisse abordable, signifiante et réalisable dans un cadre sécurisant. Un apprenant peut comprendre l'intérêt d'une activité sans parvenir à s'y engager, par peur de l'échec, manque d'énergie, perte de sens ou surcharge cognitive.

« L'engagement n'est pas un trait de personnalité mais un processus dynamique, sensible au contexte, à la clarté des attendus, à la qualité du lien pédagogique et à la manière dont l'activité s'articule avec les ressources disponibles de l'apprenant. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 66-67

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas la motivation, on peut être motivé sans réussir à s'engager
  • Ce n'est pas l'obéissance, faire ce qu'on demande sans être vraiment engagé
  • Ce n'est pas un trait de personnalité, c'est un processus contextuel
  • Ce n'est pas une question de volonté, la volonté seule ne suffit jamais
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, soutenir l'engagement consiste à rendre la tâche franchissable : à baisser le seuil d'entrée, à clarifier le premier pas, à sécuriser l'erreur possible et à connecter la tâche au sens personnel de l'apprenant.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Évite ou retarde le passage à l'action
  • Commence et abandonne rapidement
  • Se plaint avant même d'avoir essayé
  • Dit « je sais pas faire » sans avoir essayé
  • Reste passif, attend les consignes
  • Refuse sans explication verbale
  • Réalise de façon mécanique, sans investissement

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Pleure, refuse, dit « je veux pas ». S'échappe physiquement (toilettes, fenêtre). Fait l'opposé. Regarde ce que font les autres sans bouger.
B · Collège (11-15 ans)
Dit « c'est nul » avant même de lire la consigne. Ferme son cahier en provoquant. Reste en retrait, détourne par l'humour. Provoque l'adulte pour ne pas entrer.
C · Adultes en formation
Procrastine (« je ferai demain »), multiplie les micro-distractions. Se plaint du formateur, du programme. Commence 5 choses sans en finir une.
D · Seniors / résidents
Dit « ce n'est plus pour moi ». Regarde sans participer. Se dévalorise avant d'essayer (« je n'y arriverai pas »). Quitte discrètement la salle.

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Le premier pas imposé
Registre
Mise en situation
Durée
10-15 minutes
Mécanique
L'animateur donne une tâche dont la VERSION COMPLÈTE semble difficile. Puis propose explicitement une version « micro-premier-pas » : la plus minuscule action possible (écrire 1 mot, poser 1 question, lever la main). Les apprenants font le premier pas et observent : est-ce que la tâche leur paraît encore aussi énorme ?
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui a changé entre avant et après le premier pas ? L'énormité était-elle dans la tâche, ou dans l'entrée ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Dessinez un tableau complet » → « Faites juste 1 trait sur la feuille. » Observer l'écart.
B · Collège (11-15 ans)
« Faites vos devoirs de maths » → « Ouvrez juste le cahier et recopiez l'énoncé. »
C · Adultes en formation
« Écrivez votre mémoire » → « Notez 1 idée sur un post-it. »
D · Seniors / résidents
« Remplissez ce formulaire » → « Écrivez juste votre nom dans la 1re case. »
Piste 2, Ma liste de 3 fois non
Registre
Introspection
Durée
12 minutes
Mécanique
Chacun note 3 tâches qu'il a évitées cette semaine (à la maison, au travail, dans ses études). Pour chacune : qu'est-ce qui m'a empêché d'entrer ? Peur de l'échec ? Énormité ? Manque de sens ? Fatigue ? On met en commun.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui revient ? Est-ce toujours la même chose qui bloque pour vous ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Quelles choses tu n'as pas voulu faire cette semaine ? » Dessins ou images pointées.
B · Collège (11-15 ans)
« 3 devoirs que tu as évités. Qu'est-ce qui t'a fait éviter ? »
C · Adultes en formation
« 3 tâches professionnelles non engagées. Analyse honnête. »
D · Seniors / résidents
« 3 activités que vous auriez pu faire mais avez évitées. Pourquoi ? »
Piste 3, L'engagement, l'autre et moi
Registre
Scénario social
Durée
15 minutes
Mécanique
Par binômes, chacun raconte à l'autre UNE fois récente où il s'est engagé avec plaisir dans quelque chose. L'autre écoute et note les conditions qui ont rendu l'engagement possible. Mise en commun.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui rassemble toutes ces conditions ? Qu'est-ce qu'on peut reproduire ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Raconte quelque chose que tu as AIMÉ faire à l'école. Pourquoi tu l'as aimé ? »
B · Collège (11-15 ans)
« Un truc dans lequel tu t'es lancé facilement récemment. Pourquoi ça a marché ? »
C · Adultes en formation
« Un projet où vous avez investi à fond. Qu'est-ce qui l'a rendu possible ? »
D · Seniors / résidents
« Une activité qui vous a mobilisé récemment. Qu'est-ce qui vous a donné envie ? »

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Le premier pas »
Image-pivot : Une grande colline et un petit pied qui ose le premier pas.
  1. Quand une tâche est grande, parfois on n'arrive pas à entrer dedans.
  2. Ce n'est pas qu'on ne veut pas : c'est qu'on ne sait pas par où commencer.
  3. Le secret, c'est le premier pas, le plus petit possible.
  4. Un trait sur la feuille, un mot, un geste, et la porte s'ouvre.
  5. On va apprendre ensemble à repérer ton premier pas, et à oser le faire.

B · Collège (11-15 ans)

« La porte d'entrée »
Image-pivot : Chaque tâche a une porte, le truc est de trouver la bonne.
  1. Chaque tâche a une porte d'entrée, mais elle n'est pas au même endroit pour tout le monde.
  2. Quand la porte est claire, tu rentres. Quand elle est floue, tu restes dehors à râler.
  3. Le blocage n'est pas dans toi, il est dans la porte qu'on t'a montrée.
  4. « C'est nul » veut souvent dire « je vois pas comment rentrer ».
  5. On va trouver TES portes d'entrée perso.

C · Adultes en formation

« Le seuil franchissable »
Image-pivot : Un seuil qu'il faut rendre franchissable, pas infranchissable.
  1. L'engagement n'est pas une question de volonté, c'est une question de seuil.
  2. Un seuil trop haut → blocage. Un seuil adapté → on passe.
  3. Les adultes qui « procrastinent » n'ont souvent pas un problème de motivation, mais un problème de seuil.
  4. La bonne question n'est pas « pourquoi je ne m'y mets pas ? » mais « quel est le micro-premier-pas ? ».
  5. On va apprendre à baisser vos seuils pour les tâches importantes.

D · Seniors / résidents

« Le petit geste d'entrée »
Image-pivot : Un petit geste simple qui ouvre la porte sur l'activité.
  1. Beaucoup d'activités vous seraient accessibles, mais l'entrée semble trop grande.
  2. S'engager, à tout âge, c'est trouver le petit geste qui ouvre.
  3. Pas besoin de décider qu'on fait 2 heures, juste ouvrir le livre, juste poser le jeu.
  4. Ce n'est pas une question d'envie ou d'énergie, c'est une question de seuil.
  5. On va construire ensemble vos petits gestes d'entrée.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Dans quoi tu as du mal à te lancer ?
  • Quand tu te lances facilement, qu'est-ce qu'il y a ?
  • Qu'est-ce qui t'aide à faire le premier pas ?

Supports : Dessin de colline avec moi au pied, pictos de ce qui aide.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Qu'est-ce que tu évites en ce moment alors que tu devrais t'y mettre ?
  • Qu'est-ce qui rend la porte floue pour toi ?
  • Dans quoi tu es rentré facilement récemment ? Pourquoi ?

Supports : Liste personnelle « choses évitées », analyse des portes.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Quelles sont vos 3 tâches importantes procrastinées ?
  • Quel est le seuil dans chacune ? Peur ? Énormité ? Flou ?
  • Dans quoi vous engagez-vous facilement ? Qu'est-ce qui rend ça possible ?

Supports : Matrice tâches × seuils × stratégies d'entrée.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Qu'est-ce qui vous empêche d'entrer dans certaines activités ?
  • Quelles activités vous donnent envie ?
  • Quel petit geste pourrait débloquer une activité difficile ?

Supports : Tour de parole, liste personnelle d'activités à engager / à éviter.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le carnet des premiers pas : pour chaque tâche bloquante, 3 colonnes : la tâche dans son ensemble / quel serait le plus petit geste possible / quand je le ferais. À actualiser régulièrement.

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Carte-chemin : carte avec 5 cases vides représentant les étapes. Dessiner la 1re très petite et claire. Les suivantes plus vagues. Collable sur le cahier.
B · Collège (11-15 ans)
Kit anti-procrastination : format A5 avec « la tâche » + « mon micro-geste » + « quand je le ferai » + case à cocher. 5 tâches max.
C · Adultes en formation
Protocole de déblocage : pour chaque tâche évitée, un mini-plan : identifier le seuil, définir un micro-premier-pas de 2 min, fixer le moment, célébrer le pas.
D · Seniors / résidents
Fiche des petits gestes : pour les activités désirées mais bloquées, noter LE geste d'entrée qui ouvre (sortir le matériel, appeler quelqu'un, aller à un endroit précis).

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, essaie de faire UN premier pas dans quelque chose que tu évitais. »
S2→S3 : « Raconte ton premier pas et ce qui s'est passé après. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « 2 fois cette semaine, identifie ton micro-premier-pas sur une tâche évitée. Fais-le. »
S2→S3 : « Note ce qui change après le premier pas : c'est aussi énorme qu'avant ? »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Sur 1 tâche procrastinée, définissez un micro-geste de 2 min. Testez cette semaine. »
S2→S3 : « Mobilisez votre protocole sur 2 tâches différentes. Quels seuils étaient en jeu ? »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Cette semaine, utilisez UN petit geste pour entrer dans une activité que vous désirez. »
S2→S3 : « Essayez sur une activité plus difficile. Quel geste vous a aidé ? »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Pas de jugement moral sur la procrastination
  • Le micro-pas est une stratégie, pas une capitulation
  • On ne force personne à s'engager
  • On ne se compare pas entre apprenants
  • Le refus de faire est une information, pas un défaut

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant refuse la tâcheNe pas négocier frontalement. Proposer : « Tu peux juste regarder, sans faire. Ou faire un tout petit bout. »
Un apprenant se dévalorise (« je sais pas faire »)Accueillir, puis : « On va trouver ensemble ton 1er pas, celui qui est vraiment petit. »
Un participant provoque / se moqueC'est souvent une stratégie d'évitement. Ne pas rentrer dans le conflit. Ramener au cadre.
Un groupe reste passif collectivementSignal que le seuil collectif est trop haut. Baisser, segmenter, expliciter davantage.
Un participant dit « je ferai ça chez moi »Accepter sans imposer. Proposer un suivi plutôt qu'une exigence immédiate.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les premiers pas, même minuscules
  • Valoriser les prises de conscience des seuils
  • Valoriser les stratégies d'entrée expérimentées
  • NE JAMAIS valoriser par comparaison (« regardez X qui a réussi »)

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin de seuils abordables : la première tâche ou la première sous-tâche doit être EXPLICITEMENT rendue minuscule. Le seuil d'entrée est plus important que le contenu.
  • Besoin de sens perçu : on ne s'engage pas dans ce qu'on ne voit pas à quoi ça sert. Expliciter le « à quoi ça mène » avant de demander l'engagement.
  • Besoin de sécurité face à l'erreur : l'erreur doit être explicitement autorisée, sans coût social. Sans cette sécurité, l'engagement reste superficiel.
  • Besoin de contrôle sur le démarrage : pouvoir choisir son moment, son rythme, son point de départ. L'engagement forcé sur un timing imposé tue l'engagement.
  • Besoin d'exemples concrets de réussite : voir que d'autres ont franchi le seuil, idéalement des pairs, pas des experts.
  • Besoin d'un lien pédagogique positif : l'engagement est très lié à la qualité du lien avec l'animateur. Un lien tendu bloque tout engagement.
  • Besoin d'absence de jugement moral : « tu ne fais pas d'effort » est l'antidote au désir d'entrer. Remplacer par : « qu'est-ce qui rend ça difficile ? »

10Points de vigilance

  • Ne pas confondre engagement et obéissance. Un apprenant qui fait la tâche peut n'être pas engagé du tout, il exécute. L'engagement suppose un investissement personnel.
  • La non-entrée n'est pas de la paresse. C'est souvent un seuil trop haut, un sens flou, une peur de l'échec. Pas une question de motivation personnelle.
  • Les discours motivationnels sont contre-productifs. « Allez, un petit effort ! » n'augmente pas l'engagement, ça ajoute de la pression. Préférer l'analyse concrète du seuil.
  • Le jugement moral bloque. Dire « tu ne t'engages pas » est une injonction paradoxale. L'engagement se construit, il ne se réclame pas.
  • L'engagement est contextuel. Le même apprenant peut être très engagé dans un domaine et pas du tout dans un autre. Ce n'est pas un trait.
  • Attention aux apprenants « trop engagés ». Certains s'engagent compulsivement pour plaire, sans discernement. Ce n'est pas un engagement sain.
  • L'engagement se protège par le cadre. Sans règles, sans sécurité, sans reconnaissance de l'erreur, il s'effrite. Le cadre est un levier d'engagement.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 10/12

Mise en projet

Se représenter un cap, un objectif, un chemin

« Donne-moi un cap, et je trouverai le chemin. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 114-115

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La mise en projet désigne la capacité d'un apprenant à se représenter une action à venir, à en comprendre le sens et à s'y engager de manière intentionnelle. Elle implique de pouvoir anticiper un objectif, de se projeter dans une tâche, et d'en percevoir l'utilité.

Se mettre en projet nécessite d'identifier un cap, même simple, et de relier la tâche présente à un objectif futur. Cette projection permet de donner du sens à l'effort à fournir, de hiérarchiser les informations, de sélectionner ce qui est pertinent, d'ajuster les actions en fonction du but visé et d'anticiper les grandes étapes.

« La mise en projet joue un rôle clé dans le maintien de l'engagement, car elle permet à l'apprenant de comprendre pourquoi il persévère, même lorsque la tâche devient coûteuse. Elle soutient l'autorégulation en offrant un point de référence pour s'autoévaluer et se réajuster au fil du parcours. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 114-115

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas recevoir passivement une consigne, c'est s'approprier un but
  • Ce n'est pas un plan détaillé, c'est d'abord un cap
  • Ce n'est pas de l'ambition, un cap simple, accessible, suffit
  • Ce n'est pas une projection lointaine, elle peut être à 10 minutes comme à 10 ans
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, soutenir la mise en projet consiste à rendre explicites les objectifs, à aider l'apprenant à se représenter le résultat attendu, les étapes intermédiaires et les contraintes associées.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Réalise des tâches sans percevoir à quoi elles servent
  • Se décourage au moindre obstacle car le cap n'est pas clair
  • Ne distingue pas une tâche principale d'une tâche secondaire
  • Ne peut pas estimer le temps nécessaire ou les étapes
  • Se démobilise dans les apprentissages longs

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
« Pourquoi on doit faire ça ? » après chaque consigne. Commence puis abandonne. Ne voit pas ce que ça donnera à la fin. Reste dans le présent immédiat.
B · Collège (11-15 ans)
« À quoi ça sert ? » Travaille pour la note, pas pour comprendre. Décroche si le prof ne justifie pas. Ne distingue pas objectifs de la journée et du trimestre.
C · Adultes en formation
Commence plein de projets sans en finir. Perd de vue le cap initial. Se noie dans les détails sans vue d'ensemble. Ne définit pas de critères de réussite.
D · Seniors / résidents
Entreprend sans se projeter. Se fatigue car sans cap, l'effort devient vain. « Je ne sais plus pourquoi je fais ça. »

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Le cap et le chemin
Registre
Visualisation projective
Durée
15 minutes
Mécanique
Chaque apprenant dessine sur une feuille : à droite son CAP (où il veut aller), à gauche sa situation actuelle, entre les deux le CHEMIN (étapes). L'important : le cap doit être concret, atteignable, visible. On échange en binômes sur ce qu'on a dessiné.
Auto-observation
« « Est-ce que tu vois clairement ton cap ? Est-ce qu'il te donne envie ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Dessin d'un chemin avec un point de départ (moi aujourd'hui) et un point d'arrivée (ce que je voudrais savoir faire).
B · Collège (11-15 ans)
Fresque sur feuille A3 : « où je veux être dans 3 mois ». Étapes à mettre sur le chemin.
C · Adultes en formation
Carte d'un projet pro : cap, étapes majeures, ressources nécessaires, obstacles anticipés.
D · Seniors / résidents
Dessin doux : « qu'est-ce que j'aimerais avoir accompli dans 1 mois / 3 mois ? » Étapes simples.
Piste 2, Décomposer un grand projet
Registre
Exercice de planification
Durée
20 minutes
Mécanique
Chacun choisit un projet personnel qui lui paraît trop grand. Il le décompose en : grand objectif / 3 sous-objectifs / 3 premiers pas concrets. On voit apparaître que tout projet devient accessible dès qu'on le segmente.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui a changé entre le projet qui fait peur et ce qu'il est devenu après découpe ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Faire un grand dessin » → 3 étapes dessinables. « Ranger ma chambre » → 3 zones successives.
B · Collège (11-15 ans)
« Réussir le brevet » → 3 sous-objectifs (maths, français, histoire) → 3 premières actions.
C · Adultes en formation
Un projet pro/reconversion → phases → action de cette semaine.
D · Seniors / résidents
« Rester en forme » → 3 axes (corps, tête, social) → 3 actions concrètes.
Piste 3, Ce qui m'a mobilisé dans ma vie
Registre
Introspection biographique
Durée
15 minutes
Mécanique
Chacun identifie 1 ou 2 moments de sa vie où il a été VRAIMENT mobilisé dans un projet. Qu'est-ce qui était présent ? Un cap clair ? Un sens personnel ? Un contexte porteur ? On met en commun et on dégage les conditions qui rendent la mise en projet possible.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui revient dans vos histoires ? Quelles conditions avons-nous dues être présentes ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Raconte une fois où tu as voulu faire quelque chose à fond. » Discussion sur pourquoi.
B · Collège (11-15 ans)
« Un projet où tu t'es investi, scolaire, perso, sport. Qu'est-ce qui a tenu ta motivation ? »
C · Adultes en formation
« Un projet professionnel/personnel marquant. Qu'est-ce qui l'a rendu possible ? »
D · Seniors / résidents
« Un moment fort de votre vie où vous étiez engagé. Qu'est-ce qui a soutenu ? »

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Le cap du bateau »
Image-pivot : Un petit bateau qui navigue vers une île qu'il a choisie.
  1. Imagine ton cerveau comme un petit bateau.
  2. Sans cap, il flotte, il ne sait pas où aller.
  3. Avec un cap (une île, un trésor), il sait ramer dans la bonne direction.
  4. Quand tu sais vers quoi tu vas, les efforts deviennent plus faciles.
  5. On va apprendre à trouver ton cap.

B · Collège (11-15 ans)

« La cible claire »
Image-pivot : Une cible visible qui te guide dans chaque tir.
  1. Sans cible claire, chaque tir est au hasard.
  2. Avec une cible visible, tu ajustes, tu t'améliores, tu persévères.
  3. Le prof qui ne dit pas « à quoi ça sert » te prive de ta cible.
  4. Tu peux construire TES cibles, pas juste celles des profs.
  5. On va apprendre à transformer les consignes en cibles qui font sens POUR TOI.

C · Adultes en formation

« L'étoile polaire »
Image-pivot : Une étoile qui guide vos choix, même dans les tempêtes.
  1. Votre projet a besoin d'une étoile polaire, pas de plan détaillé.
  2. L'étoile, c'est le pourquoi, le sens profond qui tient.
  3. Les étapes peuvent changer, les obstacles surgir, l'étoile reste.
  4. Sans étoile, chaque imprévu est une catastrophe. Avec elle, c'est un détour.
  5. On va identifier votre étoile pour les projets qui vous tiennent à cœur.

D · Seniors / résidents

« La direction qui me tient »
Image-pivot : Une direction douce mais claire qui donne du sens au chemin.
  1. À tout âge, un cap, même modeste, donne du goût au quotidien.
  2. Ce n'est pas un grand projet ambitieux, c'est une direction qui fait sens pour vous.
  3. Lire une série de livres, voir vos petits-enfants grandir, faire un jardin, écrire des souvenirs.
  4. Le cap peut être minuscule, il structure l'effort et donne du goût.
  5. On va explorer ensemble vos directions du moment.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Tu as un projet en ce moment (sport, dessin, lecture) ?
  • Qu'est-ce que ça te fait quand tu sais pourquoi tu fais quelque chose ?
  • Qu'est-ce qui t'aide à ne pas abandonner ?

Supports : Dessin d'île-cible, tour de parole.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Quel est ton cap pour cette année ?
  • Dans quelles matières tu te sens mobilisé ? Pourquoi ?
  • Qu'est-ce qui te fait décrocher quand tu n'as pas de cap ?

Supports : Fiche « mes 3 caps de l'année », auto-analyse.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Quel est votre projet actuel le plus engageant ? Pourquoi ?
  • Quelle étoile polaire vous guide (familiale, pro, créative) ?
  • Quels projets avez-vous abandonnés par perte de cap ?

Supports : Cartographie des projets, identification des étoiles polaires.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Quelle direction prendriez-vous si vous aviez 3 mois devant vous ?
  • Qu'est-ce qui vous mobilise actuellement dans votre quotidien ?
  • Quel tout petit projet pourrait vous donner de l'élan ?

Supports : Tour de parole, identification de projets doux.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : La fiche de cap personnel : pour chaque projet, format A4 : mon cap en 1 phrase simple / pourquoi c'est important pour MOI / les 3 grandes étapes / mon 1er pas / ce qui m'aidera à tenir.

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Carte-cap imagée : dessin du cap à atteindre + 3 petites cases pour les étapes. Affichée dans la chambre.
B · Collège (11-15 ans)
Tableau personnel « mes caps du trimestre » : 3 caps affichés (scolaire / perso / autre). Révisés chaque mois.
C · Adultes en formation
Carnet de projet : pour chaque projet, fiche cap + étoile polaire + phases + check-ins mensuels.
D · Seniors / résidents
Petit carnet des directions : 1 ou 2 projets doux actifs, avec cap, sens, actions de la semaine.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, choisis UN petit projet (dessin, lecture, jeu). Annonce ton cap à quelqu'un. »
S2→S3 : « Raconte où tu en es de ton cap. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Définis ton cap prioritaire du trimestre. Écris-le. Affiche-le. »
S2→S3 : « Fais 1 action concrète cette semaine vers ton cap. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Identifiez 1 projet enlisé. Reformulez son cap. Testez une action. »
S2→S3 : « Fixez votre étoile polaire pour l'année. »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Cette semaine, nommez 1 direction qui vous donne du goût. »
S2→S3 : « Faites 1 petit pas vers cette direction. Observez ce que ça change. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Pas de comparaison entre ambitions des uns et des autres
  • Un cap modeste est aussi légitime qu'un cap ambitieux
  • L'absence de cap actuel est une donnée, pas un défaut
  • Droit à la confidentialité sur ses projets
  • Pas de jugement sur les projets abandonnés

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant n'a pas de projet actuelAccueillir : « C'est une info. Parfois c'est le moment d'écouter, pas de projeter. »
Un participant définit un cap démesuréNe pas rabattre. Proposer : « Et si on travaillait d'abord sur le premier petit pas ? »
Un apprenant se dévalorise (« je n'arrive jamais à rien finir »)Ramener : « La question n'est pas de finir, c'est de s'engager. Chaque pas compte. »
Un groupe sceptique (« les projets, c'est pour les jeunes »)Contester doucement. Exemples concrets de projets modestes à tout âge.
Un participant émotif face à un abandon passéAccueillir. Le cap n'est pas un jugement sur la vie passée. Ramener au présent.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les caps modestes et précis
  • Valoriser les verbalisations de sens (« je veux ça parce que... »)
  • Valoriser les premiers pas, même minuscules
  • Valoriser les ajustements de cap (le cap peut évoluer)

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin de caps réalistes et personnels : imposer un cap extérieur tue la mise en projet. L'appropriation est essentielle.
  • Besoin d'explicitation du sens : « à quoi ça sert » pour MOI, pas en général. Relier aux valeurs et aux désirs.
  • Besoin de visualisation concrète : le cap doit pouvoir être représenté (dessiné, raconté). L'abstrait ne mobilise pas.
  • Besoin de décomposition : le cap seul effraie. Les sous-objectifs rendent franchissable.
  • Besoin de permission de changer de cap : le cap n'est pas un contrat, il peut évoluer. Cette souplesse libère.
  • Besoin d'accueil des caps modestes : tous ne veulent pas de grands projets. Petits caps = grands bénéfices.
  • Besoin de temps d'exploration : parfois on ne sait pas ce qu'on veut. L'exploration préalable est légitime.

10Points de vigilance

  • Ne pas imposer le cap. Un cap donné par l'extérieur n'active pas la mise en projet. L'appropriation est indispensable.
  • Ne pas juger les caps. Un cap modeste n'est pas inférieur à un cap ambitieux. Chacun son rythme, son format.
  • Attention aux injonctions sociales. « Il faut avoir un projet » pèse. Certains apprenants ont besoin d'abord de souffler.
  • Le cap est un levier, pas un test. Ne pas transformer le travail sur la mise en projet en évaluation des ambitions.
  • La mise en projet se construit. Pas d'attente d'un cap clair dès la 1re séance. Certains mettent du temps.
  • Le cap peut faire peur. Afficher une ambition rend vulnérable à l'échec. Sécuriser : le cap peut évoluer, être confidentiel.
  • L'absence de cap est une info. Ce n'est pas forcément un blocage, parfois c'est un moment de vie qui demande autre chose.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 11/12

Métacognition

Penser à sa façon de penser, réguler ses stratégies

« Je pense à ma façon de penser. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 112-113

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La métacognition désigne la capacité d'un apprenant à prendre conscience de son propre fonctionnement cognitif, à réfléchir sur la manière dont il apprend, comprend, mémorise, agit et s'adapte. Elle ne consiste pas seulement à savoir faire, mais à savoir comment et pourquoi on fait.

Elle repose sur deux dimensions complémentaires : la connaissance de soi comme apprenant (ce qui m'aide, ce qui me coûte, ce qui me met en difficulté) et la capacité à réguler ses stratégies (observer, évaluer, ajuster). Cette prise de conscience ne nécessite pas toujours une verbalisation élaborée : elle peut aussi s'appuyer sur des indices internes.

« Dans les apprentissages, la métacognition soutient l'autonomie, l'autorégulation et le transfert. Elle permet à l'apprenant d'anticiper ses besoins, d'évaluer la pertinence de ses stratégies et d'ajuster son engagement face à la tâche. Sans métacognition, les apprentissages restent souvent mécaniques, dépendants du contexte et fragiles dans le temps. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 112-113

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas réservé aux « bons élèves », tous les apprenants peuvent la développer
  • Ce n'est pas une verbalisation élaborée, les sentiments de doute, de confiance y participent
  • Ce n'est pas une simple évaluation, c'est une régulation active
  • Ce n'est pas un trait inné, elle se construit progressivement
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, la métacognition constitue un levier central. L'orthopédagogue accompagne l'apprenant pour rendre explicites ses signaux internes, l'aider à les interpréter et à les utiliser pour réguler ses apprentissages.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Ne sait pas dire comment il s'y prend
  • Utilise la même stratégie partout sans ajuster
  • Ne reconnaît pas les signaux de non-compréhension
  • Ne peut pas évaluer la fiabilité de ses réponses
  • Réitère les mêmes erreurs sans en tirer d'enseignement

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Quand on demande « comment tu as fait ? », il répond « je sais pas ». Ne distingue pas les consignes faciles et difficiles. Ne remarque pas qu'il s'est trompé.
B · Collège (11-15 ans)
Répond au questionnement méta par « je sais pas ». Se dit « nul » ou « bon » en bloc. N'a pas de méthode de révision réfléchie, il révise comme on lui a dit.
C · Adultes en formation
Se définit par des labels (« je suis visuel », « je suis lent ») sans analyse fine. Ne sait pas pourquoi certaines méthodes marchent pour lui.
D · Seniors / résidents
« Je fais comme j'ai toujours fait. » Ne questionne pas ses façons. Confond « je ne peux plus » avec « ma méthode ne convient plus ».

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Le « comment tu t'y prends ? »
Registre
Interrogation méta
Durée
15 minutes
Mécanique
Les apprenants réalisent une tâche simple (problème, énigme, activité). JUSTE APRÈS, chacun doit expliquer à un voisin COMMENT il s'y est pris, pas le résultat, le chemin. On observe les différences entre chemins. Révélateur de la diversité des stratégies.
Auto-observation
« « Tu as vu que ton voisin ne fait pas pareil ? Qui a la meilleure méthode ? Pour QUOI ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Petite énigme visuelle. « Comment tu as fait pour trouver ? » Partage des chemins.
B · Collège (11-15 ans)
Problème de maths ou énigme logique. Chacun raconte sa démarche. Comparaison.
C · Adultes en formation
Défi de logique professionnelle. Verbalisation des chemins. Analyse des stratégies.
D · Seniors / résidents
Jeu de logique ou mots croisés. Chacun raconte son approche. Discussion.
Piste 2, Comparer 2 stratégies
Registre
Comparaison réflexive
Durée
15-20 minutes
Mécanique
L'animateur présente UNE tâche et 2 stratégies possibles (A et B). Les apprenants essaient les 2 stratégies sur des exemples comparables. Ils évaluent : laquelle est la meilleure POUR EUX ? Pourquoi ? Question clé : il n'y a pas une bonne stratégie universelle.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui fait qu'une stratégie vous convient mieux ? Vous connaissez cette stratégie depuis toujours ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Deux méthodes pour compter des objets (par 2, par 5). Laquelle est plus facile ?
B · Collège (11-15 ans)
Deux méthodes pour apprendre un vocabulaire (listes, flashcards). Comparer.
C · Adultes en formation
Deux méthodes de prise de notes (linéaire vs mind-map). Tester.
D · Seniors / résidents
Deux méthodes pour se souvenir d'un rendez-vous (papier, alarme). Choisir.
Piste 3, L'échelle de confiance
Registre
Auto-évaluation fine
Durée
12 minutes
Mécanique
Pour chaque question/tâche, le apprenant répond PUIS note sa confiance dans sa réponse (de 1 à 5). On compare ensuite confiance et justesse : sont-elles alignées ? Certains sont sur-confiants (haute confiance, mauvaises réponses), d'autres sous-confiants (basse confiance, bonnes réponses). Révélateur.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui fait que vous vous sentez sûrs ou pas sûrs ? Votre intuition est-elle fiable ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Question simple + échelle visuelle à 3 niveaux (sûr / moyen / pas sûr). Comparer.
B · Collège (11-15 ans)
Quizz avec échelle 1-5 de confiance pour chaque réponse. Analyse des écarts.
C · Adultes en formation
Tâche cognitive avec auto-évaluation fine. Identifier ses biais de confiance.
D · Seniors / résidents
Question-réponse avec échelle de confiance. Discussion sur la justesse du ressenti.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Ma boussole intérieure »
Image-pivot : Une petite boussole qui te dit si tu es sur le bon chemin dans ta tête.
  1. Dans ta tête, tu as une petite boussole.
  2. Elle te dit « je comprends » ou « je ne comprends pas ».
  3. Elle te dit « ça va me servir » ou « c'est trop dur ».
  4. Plus tu l'écoutes, plus elle devient fine.
  5. On va apprendre ensemble à l'écouter.

B · Collège (11-15 ans)

« Penser à comment je pense »
Image-pivot : Monter d'un étage : regarder comment je m'y prends, pas juste ce que je fais.
  1. Il y a deux niveaux dans ta tête : ce que tu fais + comment tu le fais.
  2. La plupart du temps, tu es au niveau 1 : tu fais.
  3. Parfois, tu montes au niveau 2 : tu observes comment tu fais.
  4. Monter au niveau 2, c'est la métacognition.
  5. Plus tu y vas, plus tu deviens expert de ta propre tête.

C · Adultes en formation

« Le pilote de sa propre pensée »
Image-pivot : Vous n'êtes plus juste passager de votre cerveau, vous êtes le pilote.
  1. La métacognition, c'est devenir pilote de votre fonctionnement cognitif.
  2. Connaître vos stratégies qui marchent / qui ne marchent pas.
  3. Reconnaître vos signaux internes (doute, confiance, fatigue).
  4. Ajuster en temps réel, pas après coup.
  5. C'est la compétence qui différencie l'autonomie de la dépendance méthodologique.

D · Seniors / résidents

« Me regarder penser »
Image-pivot : Un regard bienveillant sur ma propre façon de fonctionner, pour s'ajuster.
  1. À tout âge, on peut apprendre à se regarder penser.
  2. Non pas pour se juger, pour se connaître mieux.
  3. Qu'est-ce qui marche pour moi aujourd'hui, que je pouvais ne pas faire avant ?
  4. Qu'est-ce qui a changé ? Comment je m'adapte ?
  5. On va explorer ensemble comment vous avez déjà cette capacité, sans toujours la reconnaître.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Quand tu fais quelque chose, tu sais comment tu as fait ?
  • Tu as déjà essayé plusieurs façons de faire la même chose ?
  • Tu sais dire quand tu ne comprends pas ?

Supports : Dessin de boussole, pictos, tour de parole.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Quelle méthode de révision tu utilises ? Pourquoi celle-là ?
  • Quand tu te sens sûr / pas sûr, qu'est-ce qui te le dit ?
  • Tu as déjà changé ta façon de faire parce que ça ne marchait pas ?

Supports : Auto-analyse des méthodes, matrice « ce que je fais / pourquoi ».

C · Adultes en formation
Questions :
  • Identifiez 2 stratégies que vous utilisez souvent. Marchent-elles vraiment ?
  • Quels signaux internes vous guident dans votre pensée (doute, confiance) ?
  • Comment avez-vous choisi vos méthodes, par défaut ou par réflexion ?

Supports : Cartographie des stratégies, auto-diagnostic méta.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Comment avez-vous appris à apprendre ?
  • Quelles stratégies ont évolué au cours de votre vie ?
  • Qu'est-ce que vous savez aujourd'hui sur votre fonctionnement que vous ignoriez avant ?

Supports : Tour de parole, récit de parcours, partage d'astuces.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le carnet de bord métacognitif : après chaque apprentissage ou tâche importante, 3 questions à remplir, qu'est-ce qui a marché ? qu'est-ce qui n'a pas marché ? qu'est-ce que je change la prochaine fois ? Sur 10 entrées, des patterns émergent.

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
3 cartes-boussole : 3 cartes avec visages (sûr / moyen / pas sûr). L'enfant en pointe une après chaque activité.
B · Collège (11-15 ans)
Fiche « comment j'apprends » : par matière, noter la méthode utilisée + son efficacité ressentie. Ajuster.
C · Adultes en formation
Journal des stratégies : Notion ou carnet. Pour chaque semaine : stratégies testées, efficacité, ajustements.
D · Seniors / résidents
Petit carnet d'observation : notes hebdomadaires sur ce qui me convient / ne convient plus dans mes façons de faire.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, après chaque activité, pointe ta carte-boussole. »
S2→S3 : « Raconte une fois où la boussole t'a aidé. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Sur 1 matière difficile, teste 2 méthodes. Note laquelle a mieux marché. »
S2→S3 : « Identifie 1 stratégie que tu utilisais par habitude mais qui ne marche pas. Remplace-la. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Tenez votre journal sur 5 jours. Notez vos stratégies et leur efficacité. »
S2→S3 : « Identifiez 1 stratégie à remplacer. Testez une alternative cette semaine. »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Cette semaine, observez 1 fois COMMENT vous vous y prenez pour une tâche. »
S2→S3 : « Testez 1 ajustement. Qu'est-ce qui change ? »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Pas de jugement sur les stratégies des uns et des autres
  • La diversité des chemins est une richesse
  • « Je ne sais pas comment j'ai fait » est une réponse valable, point de départ
  • Partage volontaire des méthodes personnelles
  • Pas de bonne stratégie universelle

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant dit « je sais pas » à toute question métaNe pas forcer. Proposer des questions très simples (« c'était dur / facile ? »). La métacognition se construit lentement.
Un participant donne des leçons de méthode aux autresRamener : « Tu parles de ce qui marche pour TOI. Les autres peuvent faire autrement. »
Un apprenant se juge sévèrement (« je fais tout mal »)Renvoyer : « Vous observez vos méthodes, c'est déjà de la métacognition. Ce n'est pas un bilan, c'est une exploration. »
Un groupe sceptique (« à quoi ça sert ? »)Ancrer dans le concret. Un exemple immédiat d'ajustement réussi vaut mieux qu'un discours.
Un participant surinterprète ses stratégiesAccueillir. Proposer de vérifier dans la pratique, pas dans le discours.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les questions que se pose le apprenant
  • Valoriser les prises de conscience (« je viens de me rendre compte que... »)
  • Valoriser les ajustements tentés
  • Valoriser l'humilité méthodologique (« je ne suis pas sûr que ça marche »)

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin de questionnement doux : « comment tu as fait ? » posée sans pression. Pas d'attente de la « bonne réponse ».
  • Besoin de comparaison pour découvrir : tester 2 stratégies sur la même tâche révèle les préférences individuelles.
  • Besoin d'exemples concrets : la métacognition abstraite ne parle pas. Partir de situations vécues récentes.
  • Besoin de validation du flou : « je ne sais pas comment j'ai fait » est un point de départ, pas un défaut.
  • Besoin de temps : la métacognition se construit lentement. Pas de raccourci.
  • Besoin de permission d'ajustement : autoriser à changer de méthode, même après des années.
  • Besoin d'absence de jugement : certaines stratégies paraissent « mauvaises » de l'extérieur et marchent très bien individuellement. Respecter.

10Points de vigilance

  • La métacognition n'est pas verbale. Certains ont une métacognition riche mais ne savent pas la verbaliser. Observer les ajustements comportementaux.
  • Ne pas confondre métacognition et discours sur soi. Dire « je suis visuel » n'est pas de la métacognition, c'est un label. La vraie méta observe dans l'action.
  • Elle n'est pas innée. Elle se construit progressivement, avec du questionnement régulier. Ne pas attendre d'emblée un discours élaboré.
  • Attention à la sur-analyse. Trop méta-réfléchir peut bloquer l'action. L'équilibre entre penser et faire.
  • Les stratégies acquises ont leur logique. Même une stratégie « inefficace » a une raison d'exister. Avant de la remplacer, comprendre pourquoi elle est là.
  • La métacognition est sensible au contexte. Un apprenant peut être méta-fort en musique et méta-faible en maths. Ce n'est pas un trait global.
  • Elle se transmet par modélisation. L'animateur qui verbalise sa propre méta-réflexion enseigne plus qu'un discours théorique.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 12/12

Régulation émotionnelle

Reconnaître, comprendre et ajuster ses émotions pour apprendre dans de bonnes conditions

« Pas d'apprentissage sans sécurité émotionnelle. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 88-89

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

La régulation émotionnelle est la capacité à percevoir ses émotions, à les identifier, à les comprendre, puis à ajuster leur intensité ou leur expression pour rester disponible à la tâche. Elle ne vise pas à « ne rien ressentir » : elle vise à rester acteur de ses émotions plutôt qu'emporté par elles.

Elle s'appuie sur la conscience corporelle, le langage émotionnel, l'anticipation, la capacité à se calmer, la capacité à exprimer, et la capacité à demander de l'aide. Elle se construit progressivement de la petite enfance à l'âge adulte, et peut être fragilisée par le stress chronique, les traumas, la fatigue, un contexte insécurisant. Elle est strictement nécessaire à tout apprentissage.

« Un apprenant en tempête émotionnelle n'est pas un apprenant disponible. Avant de lui demander de penser, il faut lui donner les conditions de revenir au calme. Cela n'est pas une parenthèse hors de l'apprentissage : c'est l'apprentissage lui-même. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 88-89

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas se couper de ses émotions : c'est les reconnaître pour les traverser
  • Ce n'est pas du contrôle permanent : c'est une capacité qui fatigue
  • Ce n'est pas un trait individuel : c'est largement influencé par l'environnement
  • Ce n'est pas de la faiblesse quand ça flanche : c'est une ressource qui s'épuise
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, travailler la régulation émotionnelle consiste à construire un vocabulaire émotionnel, à repérer les signaux corporels, à expérimenter des gestes de régulation (respiration, pause, reformulation), et à construire un plan personnel de retour au calme applicable au quotidien.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Pleurs, colères, fuite, gel face à la difficulté
  • Anxiété de performance marquée en situation d'évaluation
  • Blocage émotionnel devant une tâche
  • Difficulté à nommer ce qui est ressenti
  • Sensibilité forte aux jugements, vrais ou imaginés
  • Besoin de temps long pour redescendre après une émotion forte
  • Frustration rapide quand ça ne fonctionne pas du premier coup

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Crises, pleurs, cris, opposition, retrait brutal. Peut rester sidéré. Tape, mord, se cache. Peut dire « je veux ma maman ».
B · Collège (11-15 ans)
Ferme son cahier brusquement, sort, s'énerve sur l'animateur ou un camarade. Peut rire pour masquer. Se disqualifie (« je suis nul »).
C · Adultes en formation
Se bloque, fait silence, parfois larmes retenues. Peut s'énerver sur l'outil, le contexte. Quitte la salle pour se recomposer.
D · Seniors / résidents
Frustration qui se traduit en plainte répétée, en retrait, ou en agressivité. Peut partager une détresse personnelle déstabilisante pour le groupe.

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, La météo intérieure
Registre
Identification émotionnelle
Durée
10-12 minutes
Mécanique
Chaque apprenant représente sa météo émotionnelle du moment (soleil, nuages, orages) et nomme en un mot ce qui est présent. On partage si on veut, on observe la diversité du groupe. On refait en fin de séance pour voir les variations.
Auto-observation
« « Qu'est-ce qui se passe dans ton corps quand c'est orageux ? Qu'est-ce qui aide, qu'est-ce qui empire ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Cartes-météo à choisir. L'enfant pointe. Anime avec une peluche.
B · Collège (11-15 ans)
Post-its anonymes, collage sur un tableau collectif. Lecture silencieuse.
C · Adultes en formation
Roue des émotions à 12 entrées. Choisir 2 mots précis, pas 1 mot vague.
D · Seniors / résidents
Tour de parole avec objet (parle qui tient la pierre), météo en 1 phrase.
Piste 2, Le geste qui calme
Registre
Expérimentation corporelle
Durée
12-15 minutes
Mécanique
L'animateur propose 5 petits gestes de retour au calme (respiration 4-6, ancrage pieds, paume sur le cœur, regard au loin, étirement). Chacun teste les 5, note en 1 mot ce qui fait effet, ce qui ne fait rien. On compare, on retient 1 à 2 gestes personnels.
Auto-observation
« « Lequel fait quelque chose dans votre corps ? Lequel semble artificiel ? Pourquoi ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
3 gestes simples mimés (respirer comme un ballon, poser les pieds fort, sentir la fleur). L'enfant teste.
B · Collège (11-15 ans)
5 gestes testés en silence, chacun coche ce qui marche. Pas de jugement.
C · Adultes en formation
5 gestes testés, analyse fine des effets, notes personnelles.
D · Seniors / résidents
3 gestes doux testés, partage oral des préférences.
Piste 3, Le plan tempête
Registre
Anticipation et stratégie
Durée
15 minutes
Mécanique
Chacun pense à une situation récente où l'émotion l'a dépassé. Il ou elle identifie : le déclencheur, les signaux corporels précoces, ce qui aurait pu aider à ce moment. On construit ensemble un mini-plan tempête personnel (signaux + action + recours).
Auto-observation
« « Quel signal précoce avez-vous repéré ? Est-ce que vous pourriez le reconnaître la prochaine fois ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Raconter avec un dessin « la fois où j'ai beaucoup pleuré ». Animateur aide à identifier le déclencheur et ce qui aurait aidé.
B · Collège (11-15 ans)
Fiche « ma tempête type » : déclencheur / signal / ce qui m'aide / à qui je peux parler.
C · Adultes en formation
Analyse post-événement : identification fine de la chaîne émotionnelle.
D · Seniors / résidents
Partage oral d'une situation, avec identification collective des stratégies de régulation.

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Le monstre dans mon ventre »
Image-pivot : Un petit monstre qui grandit dans ton ventre quand tu es triste ou en colère.
  1. Quand tu es triste ou en colère, il y a un petit monstre dans ton ventre.
  2. Le monstre fait du bruit, il bouge, il veut sortir.
  3. Ce n'est pas grave, c'est normal. Le monstre veut juste qu'on le regarde.
  4. Si tu le nommes, il devient plus petit. Si tu respires fort, il se calme.
  5. On va apprendre à parler à nos petits monstres.

B · Collège (11-15 ans)

« Le volume émotionnel »
Image-pivot : Tes émotions ont un bouton de volume, comme une enceinte.
  1. Tes émotions ne sont pas un choix, elles arrivent.
  2. Mais tu peux apprendre à régler le volume pour qu'elles ne te submergent pas.
  3. Pour baisser le volume : respirer, marcher, écrire, parler, s'éloigner quelques minutes.
  4. Te taire et serrer les dents ne baisse pas le volume, ça fait pression.
  5. On va apprendre à ajuster le volume.

C · Adultes en formation

« La fenêtre de tolérance »
Image-pivot : Une zone où on peut penser, apprendre, agir. Hors de la zone, on fige ou on s'emballe.
  1. Nous avons tous une fenêtre de tolérance émotionnelle.
  2. Dans la fenêtre, on pense, on apprend, on décide.
  3. Au-dessus (hyperactivation) ou en dessous (sidération), l'apprentissage n'est plus possible.
  4. Réguler, c'est ramener dans la fenêtre par des gestes concrets.
  5. Nous allons apprendre à identifier votre fenêtre et ses débordements.

D · Seniors / résidents

« La marée intérieure »
Image-pivot : Les émotions vont et viennent comme la marée : pas toujours au même niveau.
  1. Les émotions ne sont pas stables, elles ont leurs hauts et leurs bas.
  2. Parfois la marée monte haut (colère, tristesse profonde) et reflue.
  3. Ce n'est pas une faiblesse, c'est un mouvement normal.
  4. Apprendre à reconnaître la marée aide à ne pas paniquer.
  5. Nous allons apprendre à lire notre marée et à l'accueillir.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Qu'est-ce qui te rend triste ? En colère ?
  • Quand tu es triste, qu'est-ce qui aide ?
  • À qui tu peux parler quand c'est dur ?

Supports : Cartes-émotions, météo à 3 niveaux, peluche-doudou de parole.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Qu'est-ce qui te met en tempête au collège ?
  • Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui quand tu sens que ça monte ?
  • Qu'est-ce que tu aimerais essayer ?

Supports : Grille perso des déclencheurs, inventaire de stratégies testées, post-it anonymes.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Quels types d'émotions vous font sortir de votre fenêtre de tolérance ?
  • Quels signaux précoces reconnaissez-vous ?
  • Quelles stratégies de régulation sont efficaces pour vous aujourd'hui ?

Supports : Fiche fenêtre perso, journal émotionnel, cartographie corporelle.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Quelles émotions sont les plus fréquentes pour vous aujourd'hui ?
  • Qu'est-ce qui vous apaise naturellement ?
  • À qui pouvez-vous parler quand c'est lourd ?

Supports : Tour de parole, partage d'apaisements personnels, carnet simple.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : Le plan tempête personnel en 3 zones : mes signaux précoces (corporels, comportementaux) / mes déclencheurs connus / mes gestes d'apaisement + ma personne-ressource.

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Carte-émotion : pochette avec 6 cartes-images (colère, tristesse, peur, joie, fatigue, calme). L'enfant pointe pour dire.
B · Collège (11-15 ans)
Fiche tempête : A5, 3 zones (signaux / déclencheurs / gestes + recours), remplie et complétée au fil des séances.
C · Adultes en formation
Fenêtre de tolérance personnelle : document évolutif, actualisé mensuellement, avec signaux corporels, situations à risque, stratégies efficaces.
D · Seniors / résidents
Carnet d'apaisement : carnet simple avec les gestes, les phrases, les personnes qui aident. À portée de main.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Chaque jour, dis à quelqu'un ton émotion en un mot. »
S2→S3 : « Essaie 1 fois ton geste qui calme quand tu sens le monstre. »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Note 3 moments de tempête cette semaine avec 1 mot pour l'émotion. »
S2→S3 : « Teste 1 geste de régulation quand tu sens le volume monter. »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Identifiez 2 sorties de fenêtre cette semaine, avec les signaux précoces. »
S2→S3 : « Utilisez 1 stratégie de régulation lors d'une prochaine sortie. Notez l'effet. »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Repérez vos 3 émotions les plus fréquentes cette semaine. »
S2→S3 : « Essayez 1 fois votre carnet d'apaisement dans une situation difficile. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • Droit d'être ému, de pleurer, de s'énerver, sans jugement
  • Droit de prendre une pause sans se justifier
  • Pas d'obligation à partager, jamais
  • Confidentialité de ce qui est dit en groupe
  • L'animateur n'est pas un thérapeute : il oriente si nécessaire

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant pleure en séanceAccueillir en silence. Proposer un mouchoir. Ne pas commenter, ne pas forcer à parler. Reprendre quand la personne est prête. Faire confiance au groupe.
Un apprenant se met en colèreGarder son calme. Accueillir sans justifier. Proposer une pause. Revenir dans le cadre sans punir.
Un apprenant révèle une situation grave (violence, danger)Écouter sans sur-réagir. Ne pas promettre la confidentialité absolue. Orienter explicitement vers un professionnel compétent.
Le groupe est touché collectivement par une émotionReconnaître publiquement. Proposer un temps de régulation collectif (respiration, mouvement). Reprendre doucement.
Un apprenant quitte la salle en émotion forteLaisser partir. Ne pas retenir. S'assurer qu'il ou elle n'est pas seul(e) dans un lieu à risque. Accueillir sans question à son retour.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les nommages émotionnels précis (« je suis frustré » plutôt que « ça va »)
  • Valoriser les demandes de pause assumées
  • Valoriser les tentatives de régulation, même imparfaites
  • Ne JAMAIS valoriser le contrôle total : c'est un piège toxique

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin de sécurité psychologique : un cadre stable, clair, non jugeant. Sans sécurité, pas de régulation possible.
  • Besoin de vocabulaire émotionnel : pouvoir nommer est le premier pas vers réguler. Offrir un répertoire, pas juste « content / pas content ».
  • Besoin de reconnaissance corporelle : les émotions se lisent dans le corps avant l'esprit. Apprendre à reconnaître les signaux corporels précoces.
  • Besoin de droit à l'émotion : pouvoir être ému sans se faire corriger. Les émotions ne sont pas des comportements à éteindre.
  • Besoin de gestes expérimentés : pas de théorie, du concret. Respirer, bouger, s'ancrer, parler, écrire : tester, garder ce qui marche.
  • Besoin d'exemples et de modèles : un animateur qui nomme ses propres émotions avec mesure offre un modèle puissant.
  • Besoin de recours identifiés : savoir à qui parler. La régulation n'est pas une solitude, c'est un réseau.

10Points de vigilance

  • Ne pas confondre régulation et répression. Réprimer une émotion ne la régule pas : elle revient ailleurs, plus forte. Réguler, c'est traverser, pas étouffer.
  • La régulation a un coût. Rester calme en permanence épuise. Prévoir des espaces où l'émotion peut s'exprimer.
  • Certaines émotions signalent un danger. La peur, la colère, la tristesse peuvent être des informations importantes. Ne pas chercher à les faire taire sans les comprendre.
  • L'atelier n'est pas une thérapie. On travaille la régulation fonctionnelle, pas les origines profondes. En cas de besoin, orienter.
  • Attention à l'injonction au positif. « Sois positif, pense à autre chose » est souvent contre-productif. Valide d'abord, régule ensuite.
  • Le groupe peut amplifier ou calmer. Une émotion individuelle peut gagner le groupe. L'animateur doit réguler l'ambiance collective autant que les individus.
  • Piège de la sur-analyse. Trop parler d'émotion peut enfermer. Alterner parole, corps, silence, action.
: fin de fiche,
BIBLIOTHÈQUE MANABI · FICHE 13/12

Transfert

Mobiliser ce qu'on a appris dans une situation différente

« Si je sais le faire ici, je peux le faire ailleurs. »
: N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 156-157

1Définition et mécanisme

Ce que dit l'orthopédagogie

Le transfert désigne la capacité d'un apprenant à mobiliser une compétence, une stratégie ou un savoir appris dans une situation donnée, pour l'utiliser dans une autre situation présentant des différences de contexte, de support, de consigne ou d'environnement.

Le transfert ne repose pas sur une simple répétition, mais sur la capacité à reconnaître ce qui peut être réutilisé malgré les changements apparents. L'apprenant doit identifier les éléments invariants d'une situation (le principe, la stratégie, la logique sous-jacente) et ajuster ce qu'il fait en fonction des nouvelles contraintes.

« Pour être efficace, le transfert nécessite la construction de ponts multiples et variés entre les situations. Plus les contextes d'apprentissage sont diversifiés, explicités et réfléchis avec l'apprenant, plus les occasions de transfert sont nombreuses. Un apprentissage réalisé dans un cadre unique, artificiel ou trop guidé limite la capacité de l'apprenant à réinvestir ses compétences ailleurs. »N. Courtais, L'orthopédagogie en pratique, De Boeck, 2026, p. 156-157

Ce que ce n'est PAS

  • Ce n'est pas une conséquence automatique de l'apprentissage, il se construit intentionnellement
  • Ce n'est pas la répétition à l'identique, c'est l'adaptation à une nouvelle situation
  • Ce n'est pas un trait de personnalité, certains apprenants n'ont jamais été entraînés au transfert
  • Ce n'est pas garanti par la réussite initiale, réussir en atelier ne garantit pas de réussir dehors
Principe orthopédagogique : En orthopédagogie, le transfert est pensé comme une étape intermédiaire essentielle. L'orthopédagogue anticipe les situations dans lesquelles la compétence devra être mobilisée, accompagne l'apprenant pour analyser les ressemblances et différences entre contextes, et explicite les stratégies transférables.

2Ce que ça révèle chez le apprenant

Signaux transversaux à tous les âges

  • Réussit uniquement avec un adulte précis
  • Réussit dans un contexte mais pas dans un autre
  • Dépend fortement d'un support ou d'un adulte précis
  • Ne reconnaît pas une situation pourtant similaire
  • Mobilise difficilement une stratégie hors du cadre appris
  • Progresse lorsque les contextes sont variés

Signaux spécifiques par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Sait compter à l'école mais pas à la maison. Reconnaît une lettre sur l'affiche mais pas dans un livre. Applique une règle chez l'orthophoniste, pas ailleurs.
B · Collège (11-15 ans)
Sait faire les exos du livre mais pas un énoncé un peu différent. Utilise une méthode en français, mais ne l'applique pas en histoire. Révise la veille de l'éval sans rien réinvestir.
C · Adultes en formation
A fait une formation sur X, mais n'a rien appliqué dans son poste. Applique un protocole dans un contexte, mais ne sait pas l'adapter ailleurs.
D · Seniors / résidents
Sait qu'elle ne doit pas mettre d'argent dans ce type d'appel, mais se laisse piéger dans une version légèrement différente. Applique une habitude saine chez soi, pas chez sa fille.

33 pistes de mise en action (Temps 1)

Chaque piste est proposée dans son principe, puis déclinée sur les 4 publics-types.

Piste 1, Même principe, contexte différent
Registre
Analyse comparative
Durée
15 minutes
Mécanique
L'animateur propose une situation résolue (au apprenant ou montrée). Puis une NOUVELLE situation qui ressemble mais avec des éléments qui changent (personnes, lieu, matériel). Le apprenant doit identifier : qu'est-ce qui reste pareil ? qu'est-ce qui change ? Et comment adapter.
Auto-observation
« « Vous avez vu ce qui reste et ce qui bouge. C'est ça, le transfert : voir l'invariant derrière l'apparence. » »
A · Maternelle (3-6 ans)
Reconnaître qu'une règle (« on partage ») vaut à l'école ET à la maison. Exemples concrets.
B · Collège (11-15 ans)
Une méthode de maths : l'appliquer à un énoncé de physique. Qu'est-ce qui reste ? Qu'est-ce qui change ?
C · Adultes en formation
Une compétence acquise dans un job : la transposer à un autre contexte. Cartographie.
D · Seniors / résidents
Une règle de sécurité familière : l'identifier dans une nouvelle situation (arnaque téléphonique, démarchage).
Piste 2, Le pont à construire
Registre
Exercice de liaison
Durée
15-20 minutes
Mécanique
Chaque apprenant choisit UNE chose apprise récemment. Il doit trouver 3 autres situations où ça pourrait servir. Pas évident, le transfert ne va pas de soi. On met en commun.
Auto-observation
« « Pourquoi c'est difficile de transférer ? Qu'est-ce qui empêche de voir les ponts ? » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Une chose que tu as apprise récemment. Où elle pourrait servir ? » 3 situations.
B · Collège (11-15 ans)
« Une notion de cette semaine. Trouve 3 contextes où tu pourrais la réutiliser. »
C · Adultes en formation
« Une compétence acquise récemment. Listez 3 contextes pro/perso de réutilisation. »
D · Seniors / résidents
« Un savoir acquis récemment. Où vous pourriez le réutiliser dans votre vie quotidienne ? »
Piste 3, L'échec du transfert
Registre
Analyse rétrospective
Durée
15 minutes
Mécanique
Chacun raconte une fois où il a APPRIS quelque chose mais n'a pas réussi à LE TRANSFÉRER. Qu'est-ce qui a bloqué ? La reconnaissance de la situation ? L'adaptation ? La confiance ? On dégage les obstacles au transfert.
Auto-observation
« « Le transfert échoue pour plein de raisons. L'identifier, c'est déjà la moitié du travail. » »
A · Maternelle (3-6 ans)
« Une fois où tu savais faire quelque chose, mais tu n'as pas pu le refaire ailleurs. »
B · Collège (11-15 ans)
« Une notion apprise à l'école qui ne t'a pas servi dans la vie. Pourquoi ? »
C · Adultes en formation
« Une formation suivie qui n'a pas donné de résultats. Analyse honnête des obstacles. »
D · Seniors / résidents
« Un conseil reçu que vous n'avez pas appliqué. Qu'est-ce qui a bloqué ? »

4Vulgarisation (Temps 2)

Une métaphore adaptée par public, avec image-pivot et 5 phrases à s'approprier.

A · Maternelle (3-6 ans)

« Le pont entre deux rives »
Image-pivot : Un petit pont entre ce que tu sais ici et où tu pourrais le faire ailleurs.
  1. Quand tu apprends quelque chose, c'est comme monter sur une rive.
  2. Pour que ça te serve, il faut construire un pont vers l'autre rive.
  3. Sans pont, ce que tu sais reste sur place, ça ne te sert qu'à l'endroit où tu l'as appris.
  4. Les ponts, ça se construit un par un.
  5. On va apprendre à construire tes ponts.

B · Collège (11-15 ans)

« Transférer la méthode »
Image-pivot : Une méthode qui marche ici peut marcher ailleurs, si on sait la repérer.
  1. Une méthode qui marche en maths peut marcher en physique.
  2. Une stratégie d'attention qui marche en classe peut marcher à la maison.
  3. Mais ça ne se fait pas tout seul, il faut RECONNAÎTRE que c'est la même logique.
  4. Le plus dur, c'est de voir l'invariant derrière le contexte qui change.
  5. On va s'entraîner ensemble à voir les invariants.

C · Adultes en formation

« La compétence fonctionnelle »
Image-pivot : Une compétence n'est fonctionnelle que si vous savez la mobiliser dans différents contextes.
  1. Une compétence apprise dans un seul contexte est fragile.
  2. Le transfert est ce qui la rend fonctionnelle et durable.
  3. C'est pour cela que la formation « sur étagère » ne suffit jamais.
  4. Le transfert se travaille volontairement, pas par espoir.
  5. Nous allons voir comment renforcer vos transferts.

D · Seniors / résidents

« Réutiliser ce qu'on sait »
Image-pivot : Savoir que ce qu'on a appris là peut servir ailleurs, avec un petit ajustement.
  1. Votre vie vous a beaucoup appris, dans des contextes variés.
  2. Parfois, ce que vous savez là servirait ailleurs, mais vous ne faites pas le lien.
  3. C'est normal : le cerveau ne fait pas les ponts tout seul.
  4. Nommer le transfert, c'est ouvrir la possibilité.
  5. On va explorer ensemble vos transferts possibles.

5Auto-évaluation (Temps 3)

A · Maternelle (3-6 ans)
Questions :
  • Est-ce qu'il y a des choses que tu sais faire à la maison et pas à l'école (ou l'inverse) ?
  • Comment tu sais quand une chose peut marcher ailleurs ?
  • Est-ce qu'il y a un copain avec qui tu transfères mieux ?

Supports : Dessin de ponts, pictos, tour de parole.

B · Collège (11-15 ans)
Questions :
  • Dans quelle matière tu apprends des choses qui te servent AUSSI ailleurs ?
  • Quelles méthodes pourrais-tu transférer entre matières ?
  • Qu'est-ce qui t'empêche de transférer (pas le temps, pas l'idée, peur de mal faire) ?

Supports : Matrice matières × transférabilité, identification des freins.

C · Adultes en formation
Questions :
  • Identifiez 2 compétences que vous appliquez bien dans un contexte et pas dans un autre.
  • Quels obstacles empêchent vos transferts ?
  • Quand vous avez bien transféré, qu'est-ce qui l'a rendu possible ?

Supports : Cartographie des transferts réussis/échoués, analyse des conditions.

D · Seniors / résidents
Questions :
  • Quels savoirs de votre vie vous servent encore aujourd'hui ?
  • Qu'est-ce que vous pourriez adapter / transférer à une nouvelle situation ?
  • Qu'est-ce qui vous aide à faire le lien entre ancien et nouveau ?

Supports : Tour de parole, partage d'exemples de transferts personnels.

6Outil à construire (Temps 4)

Gabarit commun : La carte des transferts : pour chaque compétence/savoir, lister 3 contextes de réutilisation possibles + ce qui reste invariant + ce qu'il faut adapter. À actualiser dès qu'un nouveau contexte émerge.

Déclinaisons par public

A · Maternelle (3-6 ans)
Carte-pont : carte illustrée avec « ce que je sais ici » + 2 ponts dessinés vers « là où ça pourrait servir ». L'adulte aide à construire les ponts.
B · Collège (11-15 ans)
Cahier des réutilisations : notebook où, pour chaque leçon importante, noter : où ça pourrait servir dans ma vie, dans une autre matière, plus tard.
C · Adultes en formation
Audit transfert post-formation : après chaque apprentissage important, fiche en 3 points, quoi transférer / où / comment. Check-in à 1 mois.
D · Seniors / résidents
Mini-carnet des transferts : petit cahier où noter les situations où vous vous dites « ah, je sais déjà faire ça ». Entretient l'habitude de voir les ponts.

7Transfert et défi inter-session (Temps 5)

Défi simple à expérimenter entre deux séances, invitation, pas devoir scolaire.

A · Maternelle (3-6 ans)
S1→S2 : « Cette semaine, trouve UN pont entre ce que tu apprends à l'école et ta vie à la maison. »
S2→S3 : « Raconte-nous ton pont. Est-ce que ça a marché ? »
B · Collège (11-15 ans)
S1→S2 : « Choisis 1 méthode qui marche bien dans 1 matière. Applique-la dans une autre matière cette semaine. »
S2→S3 : « Qu'est-ce qui a marché ? Qu'as-tu dû adapter ? »
C · Adultes en formation
S1→S2 : « Faites votre audit sur 1 formation suivie récemment. Testez 1 transfert concret. »
S2→S3 : « Étendez à 1 autre contexte. Quelles adaptations ont été nécessaires ? »
D · Seniors / résidents
S1→S2 : « Cette semaine, observez 1 situation où vous vous dites : « je sais déjà faire ça ». Notez-la. »
S2→S3 : « Essayez 1 transfert conscient vers une nouvelle situation. »

8Cadre, règles, système de contingence

Règles spécifiques à la notion

  • On valorise les tentatives de transfert, même ratées
  • Les erreurs de transfert sont informatives, pas problématiques
  • Pas de jugement sur ce qui est évident pour l'un et pas pour l'autre
  • Partage de ses ponts personnels bienvenu
  • Le transfert se construit, pas de pression de réussite immédiate

Système de contingence anticipé

Dérapage anticipéRéponse prévue
Un apprenant ne fait aucun lien spontanémentNe pas forcer. Le transfert se construit lentement. Proposer des analogies très proches au début.
Un participant dit « ça n'a rien à voir » face à une situation pourtant similaireNe pas contredire. Questionner : « Qu'est-ce qui est différent pour toi ? Qu'est-ce qui pourrait rester ? »
Un apprenant transfère trop (applique sans ajuster)Valoriser l'initiative + proposer un travail d'adaptation : « Qu'est-ce qui change dans ce contexte ? »
Un participant se décourage (« je n'y arrive jamais hors du cadre »)Ramener : « Le transfert est une compétence qui se construit, elle n'a pas été entraînée comme les autres. »
Un groupe peu réceptif à l'exercicePartir d'exemples très concrets issus de leur vie. Éviter l'abstraction.
Renforcement positif, que valoriser ?
  • Valoriser les identifications d'invariants (« je vois que c'est la même chose »)
  • Valoriser les tentatives de transfert, réussies ou non
  • Valoriser les adaptations (ce qui a été ajusté pour le nouveau contexte)
  • Valoriser les échecs analysés (« ça n'a pas marché parce que... »)

9Différenciation et accessibilité

L'orthopédagogie prend appui sur les besoins réels observés dans le groupe, pas sur les étiquettes diagnostiques. Un même besoin peut concerner plusieurs apprenants pour des raisons très différentes, ce qui compte, c'est la réponse à apporter.

Besoins à anticiper

  • Besoin d'explicitation des invariants : ne pas attendre que les apprenants « voient » les liens. Les verbaliser, les montrer.
  • Besoin de contextes multiples : un apprentissage fait dans un seul contexte ne se transfère pas. Varier dès le début.
  • Besoin d'entraînement spécifique au transfert : le transfert n'arrive pas « naturellement ». Il se travaille.
  • Besoin de droit à l'erreur dans le transfert : essayer et se tromper est la voie normale. Pas de jugement.
  • Besoin de liens avec la vie réelle : les transferts vers des situations théoriques ne motivent pas. Les transferts vers la vie quotidienne, si.
  • Besoin de guidage initial puis de lâcher-prise : d'abord on montre le pont, puis on laisse le apprenant le construire seul.
  • Besoin de temps de consolidation : le transfert s'ancre dans la durée, pas dans l'immédiat. Prévoir des retours à distance.

10Points de vigilance

  • Le transfert n'est pas automatique. Savoir faire à l'atelier ne garantit PAS savoir faire à la maison. Il faut le travailler explicitement.
  • Ne pas supposer l'évidence des liens. Ce qui est évident pour l'animateur peut ne pas l'être du tout pour le apprenant.
  • La variation des contextes est cruciale. Apprendre dans un seul contexte = échec du transfert. Varier dès le début.
  • Le transfert peut être trompeur. Certains transferts apparents sont des imitations superficielles. Vérifier la compréhension.
  • Attention aux transferts forcés. Imposer « tu dois faire pareil à la maison » bloque. Préférer : « essaie, qu'est-ce qui change ? »
  • Le transfert demande de l'énergie. Un apprenant fatigué ne transférera pas. Prendre en compte l'état.
  • La consolidation du transfert prend des mois. Ne pas attendre un transfert stable en 2 séances. C'est un travail de fond.
: fin de fiche,